mercredi 26 août 2009

L'insoutenable légèreté...


Bonjour les amis!

Depuis quelques jours, je suis dans la lecture de l'"Insoutenable légèreté de l'être", de Milan Kundera. Vous connaissez sûrement tous ce titre, mais je recommande chaudement à ceux qui ne l'ont pas encore lu de s'y plonger!

J'ai toujours pensé que certains livres aident à vivre, peuvent nous soutenir dans certains moments difficiles, nous aiguiller dans des périodes de doute.
En voici un qui aborde beaucoup des questions existentielles qui nous traversent:

Qu'est ce qui est le meilleur? Rester fidèle toute sa vie à la personne qu'on aime, ou batifoler? Subir le régime d'un pays, la contrainte et la domination de notre famille, de notre environnement, le poids du passé, ou fuir en avant, rechercher de la nouveauté, entreprendre une course vers l'espoir? La lourdeur, ou la légèreté? l'honneur, ou la liberté? La reconnaissance sociale, ou la tranquillité d'une petite situation sans histoires?
Ce qui parait être contraignant, difficile, est-ce bien cela la lourdeur, ou bien cela peut-il être, finalement, léger? La course futile à la séduction, à la nouveauté, est-ce bien si léger? n'est-ce pas une légèreté insoutenable, finalement?

A quoi bon réfléchir au meilleur des comportements, puisque nous ne vivrons qu'une fois, et que nous n'aurons aucune façon de comparer, de voir si nous avons fait le bon choix?
Y a-t-il des bons, et des mauvais choix, ou bien l'essentiel est-il finalement de FAIRE un choix, puis de l'assumer?
Que restera-t-il des combats, des guerres, des sentiments, des passions amoureuses, de nous-même?

Ce qui est entre l'Etre et l'oubli, comme dit Kundera, c'est le "kitsh": des anecdotes, des choses inexactes, sans intérêt, farfelues:
"Qu'est-il resté des agonisants du Cambodge ? Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune.
Qu' est-il resté de Tomas ?
Une inscription : il voulait le Royaume de Dieu sur la terre.
Qu' est-il resté de Beethoven ?
Un homme morose à l'invraisemblable crinière, qui prononce d'une voix sombre : Es muss sein !
Qu' est-il resté de Franz ?
Une inscription : Après un long égarement, le retour. Et ainsi de suite, [... ] "

La vie de nos grands-parents morts a un sens pour nous, puisqu'elle est encore proche. Mais c'est nous qui lui donnons un sens, sûrement bien éloigné de la réalité. Qui était cette aïeule au visage souriant, sur cette vieille photo jaunie? Etait-ce bien la mère dévouée et l'épouse présente que l'on imagine? N'était-elle pas prise de tourments? Avait-elle une vie cachée?
Une fois disparus, quel aura été le sens de notre vie? Nos petits-enfants auront retenu une, ou deux choses de nous, et penseront avoir raison en affirmant: "il était bon et fort, passionné par son travail", ou "elle a toujours été amoureuse de son mari". Mais ce sera leur point de vue. Nous ne serons plus là pour le nuancer, aussi fausse soit leur opinion de nous.
Et puis, quand on remonte, toujours plus loin, vers la vie de nos ancêtres d'il y a mille ans... On se rend compte qu'on s'en fout, au fond.

Je me suis fait cette réflexion en voyant à la télé des fouilles archéologiques:
Cela ne nous pose pas de problème de toucher, ou de transporter, un fémur humain de plusieurs milliers d'années, ou de visiter les catacombes. L'os suffisamment vieux, contrairement au corps fraîchement mort, n'a plus de sens: un fémur d'un humain mort il y a quelques mois nous paraîtrait impossible à approcher!
La guerre de 100 ans, pour nous, ne signifie pas que des centaines de milliers de personnes aient été tués dans d'atroces souffrances. C'est juste une page de notre livre d'histoire, qu'on ouvre et qu'on referme avec désinvolture, comme on grignoterait un morceau de chocolat. A quoi tout cela a-t-il servi, alors?
Notre passage sur terre ne sert à rien, alors, comment donner sens à sa vie?

Milan Kundera parle de religion, qui aide bien souvent à donner du sens, et du communisme qui a encadré toute sa jeunesse Tchèque, et dont le but affiché était de donner sens à la vie de ses membres.

Comment pouvons-nous faire pour donner sens à notre vie?
Vous posez-vous ces questions? le post du jour de Marie aborde la foi. C'est évidemment une façon de trouver un peu plus de sens à notre existence.
Mais comment pouvons-nous lui donner sens autrement? Quel parti prendre? celui de la lourdeur ou de la légèreté? Avez-vous des pistes, un avis?
Soyez léger, futile ou dilettante, ou bien sérieux, grave et lourd. Peu importe, c'est finalement tout l'objet de la question.

Ce que j'aime dans ce livre, c'est qu'il n'y a pas de réponses... Mais toujours plus de questions.
Lisez-le, c'est passionnant.

4 commentaires:

  1. Je suis la future belle mère de Marie et il n'étonnera donc personne que, comme elle, ma foi façonne ma vie.
    Comme je l'ai commenté sur le le blog de Marie : sans Dieu, je n’aurais jamais pu élever un enfant. Pis, je n’aurais jamais pu avoir un enfant en me disant que je ne le faisais naître que pour les emmerdes de la vie : l’école, les études, les jobs, les impôts, les enfants, les chagrins, les maladies, voir mourir ses proches, mourir.
    Sans Dieu, c’est ça la vie.
    Et sans la vie éternelle, nom de Dieu, c’est pas une vie.

    Pour moi, le sens de la vie, c'est se préparer à la vie éternelle, c'est-à-dire se préparer à se la voir offrir par Dieu au moment même que l'on prend conscience de ses bassesses, de ses mesquineries, de sa médiocrité et dans le même temps de l'Amour de Dieu qui a supporté toutes nos conneries malgré toutes les tristesses que tous nos abandons ont pu Lui causer.

    Je (nous) suis (sommes) catholique, c'est-à-dire que nous croyons que Dieu est infiniment miséricordieux avec nous, qu'Il nous a donné son Fils qui a accepté de mourir en croix pour, en ressuscitant, racheter par avance tous nos péchés.
    Ca, c'est la théorie.

    La pratique, c'est que Dieu nous aime tous les jours et qu'il nous aide tous les jours, pour peu que nous lui demandions.
    Lorsqu'on regarde des reportages sur la vie des moines et des moniales, on peut prendre conscience de la joie de vivre de tous ces gens qui ont consacré leur vie à la prière, c'est-à-dire à la conversation avec Dieu. La seule personne au monde qui nous aime et nous aimera toujours.
    Ca c'est une histoire d'amour !

    Le culte, les rituels, les principes, les règles et tout le reste, c'est du détail à côté de cela.

    RépondreSupprimer
  2. Vaste question que celle du sens de notre existence...
    Je crois que Kundera dit tout dans son titre: "L'insoutenable légèreté de l'être". Notre existence n'a en effet aucun poids sur cette terre, lorsqu'on la prend à l'échelle cosmique ou à l'échelle de l'histoire planétaire. Seuls notre petit environnement et notre époque lui donnent du poids - et encore... être, finalement, se résume à un fait biologique, au même titre que l'amibe est, l'être humain est. Corps périssable, en voie de décomposition depuis sa naissance et jusqu'à sa mort. Cette vision de la vie, dénuée d'âme, est bien sûr insoutenable et on peut s'étonner que l'homme ne se suicide pas devant l'absurdité de son existence. Après tout, si tout ce que nous sommes et faisons dans ce bas monde ne sert à rien, n'est qu'un accident dû au hasard, à quoi bon vivre cette vie? Pour profiter des plaisirs du corps? Ammasser des souvenirs qui seront oubliés après notre mort? Faire des enfants que l'ont destine à la même fin en s'imaginant perpétuer sa propre mémoire à travers eux?
    Avec un peu (beaucoup) de cynisme, on peut se demander alors à quoi sert d'être bon, gentil et altruiste? Pourquoi s'imposer des règles et des valeurs si au final, notre sort et de finir mangé par les vers? Pourquoi ne pas écraser les autres pour vivre mieux qu'eux, puisqu'à la fin, tout ce qu'on aura fait ne compte pour personne?
    Je rejoins l'opinion de pourquoisecompliquerlavie: sans la religion, ou plus exactement, sans la foi en Dieu, notre existence est éminement absurde, simple coïncidence chimique, proche de l'erreur de la nature. La foi au contraire me donne une raison d'exister et surtout de faire mes choix. Croire en Dieu, c'est croire en la perfection, en un idéal d'amour et de paix, et c'est aussi essayer de vivre dans cet idéal, de faire du mieux qu'on peut pour donner un sens positif à sa vie. Pouvoir regarder derrière soi et se dire qu'on a servi à quelque chose, qu'on a aidé les gens, qu'on a aimé et été aimé. C'est aussi croire qu'il y a plus que notre corps, que notre âme ne meurt pas et que donc, ce qu'on a fait de notre vivant compte.
    Je ne pense pas qu'il faille croire en Dieu pour faire ces choix-là. Mais je trouve que c'est beaucoup plus difficile sans. Je me demande si les athées se posent toutes ces questions métaphysiques et comment ils y répondent surtout. Peut-être que la solution c'est justement de ne pas s'en poser, de se laisser porter par le flot de la vie sans trop réfléchir à son sens...
    Finalement, peut-être que rester léger permet justement de supporter la vie.
    Pfff, j'ai le cerveau en ébullition maintenant...

    RépondreSupprimer
  3. Je suis athée, et effectivement ce n'est pas évident. Mais ce n'est pas une croyance ou une posture, c'est juste que c'est comme ça, je ne peux pas faire autrement, je le subis. Parfois, je me dis que ça doit être bien pratique de croire. Et je comprends bien que les gens croient en Dieu. Mais l'intérêt de la foi, c'est donc surtout dans les moments difficiles?

    Le sens de la vie, pour moi, athée, c'est bien moins métaphysique, c'est certain. Mais finalement très optimiste: La vie, c'est un miracle biologique, une chance infiniment petite donnée par la nature, dont la contrepartie est la mort.
    Quelle chance j'ai d'être dans ce corps! A cette époque! Dans ce pays! Dans cette famille! J'avais UNE chance sur +l'infini de naître, et je suis là! Dans moi-même, du matin au soir, pour des années! (c'est fatigant parfois ;-). C'est complètement fou! (je me fais cette reflexion tout le temps, depuis que j'ai 6 ans).

    Pour accepter l'absurdité de la vie, je me dis que nous mourrons tous à la fin. Ma vie n'est donc pas plus difficile que celle des autres. On est tous embarqués dans la même galère.
    je trouve que les emmerdes, les impots, les guerres, la mort, et bien, ça vaut toujours mieux que de ne jamais avoir vécu.
    La vie est une chance incroyable, il n'y aura rien après, mais pour moi la vie éternelle, c'est la Mémoire: tant que notre existence persiste dans les souvenirs des autres personnes qui nous auront connu, eh bien, on vit encore un peu. C'est une fois que toutes les personnes qui nous connaissaient sont mortes elles aussi, et qu'il n'y a plus personne pour transmettre cette Mémoire, qu'on est vraiment MORT, au sens ou, finalement, on n'a jamais existé.
    C'est pour cela que mes grands-parents décédés vivent encore en moi (et donc ne sont pas réellement morts), mais que mes arrières-arrières-arrières-arrières-arrières grands-parents, que personne autour de moi n'a connus, sont vraiment morts.
    Pour moi, la vie vaut d'être vécue pour ce qu'elle est, pas pour l'éventualité d'un après.

    Et puis parfois, quand c'est trop difficile de penser à ma mort, c'est surtout que je me dis que je ne supporterai pas de voir que je serai seule à mourir, pendant que les autres continueront à vaquer à leurs occupations, à naitre, à grandir, à dormir, à tomber amoureux, à être plus jeunes que moi.
    Alors je me dis, au fond: "allez, j'ai qu'à me dire que tout le monde mourra pile en même temps que moi". (il faut de sacrés œillères, je le reconnais)
    Et puis, "Vivons heureux en attendant la mort!" comme disait Desproges.

    RépondreSupprimer
  4. Je n'ai pas lu le livre de Kundera, mais tu me donnes envie de le faire. Les considérations religieuses mises à part, je pense que les enfants, la famille, sont un bon moyen de donner du sens à sa vie. J'ai pas mal de camarades jeunes diplômés à tendance carriériste, et il m'arrive de penser (et parfois de leur dire) "mais quand tu auras 70 ans, ce n'est pas de ta carrière que tu te souviendras ! C'est de ta famille !"

    Sauf si on construit quelque chose de mémorable. J'ai vu hier un documentaire sur Tolkien : il a créé une mythologie tout entière, avec des langages, des cultures, de grands thèmes immortels. D'ailleurs, les monarques et dirigeants vieillissants sont souvent obsédés par leur postérité...

    RépondreSupprimer