lundi 14 septembre 2009

Jules Matrat


Je réfléchis souvent aux livres que j'ai lus, qui m'ont marquée, que j'aimerais mettre dans mon "top ten".
Le classement est difficile, puisqu'un roman peut être détesté à un âge et vénéré à un autre.
Je mettrais, je crois, en n°1, LE roman parfait, dans la forme et dans le fond, selon moi, Madame Bovary.
Et puis ensuite, viennent plein de coups de coeur, contemporains ou classiques.

J'aimerais vous parler d'un de ceux-là: Jules Matrat, de Charles Exbrayat. (éditions du Masque)

Je l'ai lu il y a quelques années, et il m'a bouleversée.

Exbrayat, traditionnellement auteur de polars, a écrit un magnifique bouquin, en hommage aux soldats survivants de la guerre de 14-18. Car leur retour à la vie, après le combat, fut un enfer, un enfermement psychologique, presque plus solitaire que celui de la guerre (car impossible à partager).
En effet, à la fin de la guerre, des monuments aux morts étaient dressés de toutes parts; un véritable culte était voué aux disparus, héroïques, car morts. Mais rien pour les gueules cassées: "estimez-vous heureux d'être vivants, on ne va pas, en plus, vous lancer des fleurs, ce serait indécent par rapport à vos frères disparus": Je vous résume grossièrement le message de l'époque adressé à ces hommes.
Imaginez leur retour, après 4 ans dans les tranchées: Les amis sont morts un par un, il n'en reste plus. Les (futures) épouses sont parties avec un autre, et celles qui sont restées n'ont plus d'amour à donner, au bout de tout ce temps. Et même pour celles qui se voudraient compatissantes, elles laissent leur mari estropié, détruit, bien seul avec ses souvenirs cauchemardesques, sans pouvoir lui apporter de soutien.
Pour ces hommes de retour à la vie, plus de repos, plus de paix: leurs jours et leurs nuits, jusqu'à la fin, seront hantés par ce qu'ils ont vécu, sans aucun moyen de l'exprimer, de l'évacuer. Personne ne comprendrait.
Jules Matrat retrouve sa femme, sa ferme, dans laquelle il avait plein de projets. Mais au bout de 4 ans de guerre, la pomme qu'il croque à nouveau n'a plus de goût. Chaque matin il faut se lever, mais sans plus savoir pour quoi, ni pour qui.

Exbrayat relate parfaitement la détresse psychologique des survivants, leur solitude, et leur situation ambigüe dans un monde obnubilé par les morts, qui en oublie ses vivants.
Voici un extrait que j'ai récupéré sur le web.
Je pense que ce livre est universel, et reste très actuel. Je vous le conseille chaudement.

Et vous, quel est votre TOP 5 littéraire ?
A bientôt pour d'autres de mes coups de coeur.

6 commentaires:

  1. En lisant "Exbrayat", je me suis dit "tiens, Marine aime les romans policiers ?" Jules Matrat, ça pourrait beaucoup me plaire, je vais le chercher à la bibliothèque.
    Un top 5 ? Pfiou, c'est dur ! Alors pour moi il y aurait Guerre et Paix. C'est super prétentieux de dire "j'adooooore Guerre et Paix", mais en ce qui me concerne c'est vrai. C'est un roman d'aventures, une histoire d'amour, un parcours initiatique et un récit historique tout à la fois. Et l'écriture de Tolstoï passe TRES bien à la traduction.
    Et puis, Bel-Ami. Je vais réfléchir pour les trois autres...

    RépondreSupprimer
  2. Dans le même genre, il y a La Chambre des officiers de Marc Dugain.

    17e : La Princesse de Clèves
    18e : Les Liaisons dangereuses
    19e : Guerre et paix
    20e : Célubée de Anita Hausser et Fondation de Asimov

    RépondreSupprimer
  3. ah, la Chambre des Officiers... ce film m'a bouleversée. J'étais en larme dans le cinéma, j'ai mis du temps à pouvoir en sortir, et j'ai continué à pleurer, au resto, devant mon croque-poîlane, juste après la séance. Je crois que ça ne m'étais jamais arrivé depuis ET (j'avais 8 ans!) et Sur La Route de Madison...

    RépondreSupprimer
  4. C'est toujours difficile de faire des classements, surtout avec un nombre aussi réduit : 10 c'est moins difficile que 5, on élague pas aussi brutalement...
    Donc ça donnerait :

    - Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar
    - Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas
    - Orgueil et Préjugés de Jane Austen
    - La Fée Carabine de Daniel Pennac
    - Le Nom de la Rose d'Umberto Eco

    RépondreSupprimer
  5. je viens de relire Jules Matrat qui dormait sur un rayonnage, un livre qui avait ete offert a mon pere en 75. Je ne l'avais jamais ouvert, je croyais que je n'aimais pas Exbrayat. Je suis comme vous tres sensible a l'atmosphere psychologique de la premiere a la derniere page. C'est un livre forts. meme s'il smeble, aujorud'hui, rempli de lieux communs. Merci pour votre analyse

    RépondreSupprimer