lundi 5 avril 2010

Fourrure


Ce weekend-end de Pâques, et grâce à la présence de ma famille, j'ai pu faire deux des choses que j'aime le plus au monde: Faire des grasses matinées, et dévorer un bouquin.

Je viens de refermer "Fourrure", premier roman d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre. Cette ancienne élève de Normale Sup, qui a fait ses classes dans la banque d'affaires, a eu bien raison de tout plaquer pour se faire publier.

Quand on compte, avec regret, les quelques pages restantes d'un livre, qu'on se fixe des petits rendez-vous réguliers avec lui, qu'on se réserve le dernier chapitre pour le moment où on sera vraiment tranquille et qu'on finit par le terminer, triste de quitter les personnages, c'est que le livre est bon.

L'auteur nous plonge dans les mémoires de Zita Chalitzine, écrivain reconnue, retrouvée suicidée à l'arrière d'une Mercedes, en banlieue parisienne.
Jeune fille modeste, élevée à Paris, Rive Gauche. Rue du Bac, Saint-Germain des Prés, Le Bon Marché... La jeune fille va grandir, dans les années 70, entre sa mère, pauvre concierge boulimique et inculte, et le monde attirant et aisé de la Haute Bourgeoisie.
Belle et intelligente, frustrée et en rébellion contre le milieu populaire dont elle est issue, mais aussi très critique envers celui, étriqué et hypocrite, des grands bourgeois de son quartier, elle rêve d'indépendance, de livres, et d'argent.
L'effrontée Zita décide de se passer d'études, de se passer des autres, de s'assumer, seule et libre, et de devenir écrivain. Elle coupera les ponts avec sa mère et, pour payer son loyer, se fera engager par Madame Claude pour satisfaire les désirs des hommes les plus haut-placés de la capitale.

Ce roman alterne le présent et le passé, les mémoires de Zita, à la première personne, et les réactions de son entourage, sa fille, et son veuf, dernier amour.
Ils découvriront, à la lecture de ses écrits, ce que fut la vraie vie de l'écrivain à succès Zita, sans faux-semblants, loin de la réputation sulfureuse qui lui avait été faite, et des jugements hâtifs des jaloux du milieu littéraire, de sa famille ou de son entourage des beaux quartiers.
On suit la véritable histoire de la jeune fille, sa relation houleuse avec son amie Solange, vivant dans le duplex au dessus de sa loge de concierge, son initiation au monde de la prostitution de luxe, ses folies, ses choix dictés par la fierté et l'orgueil, mais aussi les quelques histoires d'amour sincères et passionnées qui ont marqué sa vie, ses moments de terrible solitude et d'extrême précarité.
Sa fille, brouillée avec sa mère et allergique aux livres, grâce à ses mémoires, découvrira enfin, en même temps que nous, qui était son père.

Romanesque à souhait, regorgeant de rebondissements, ce livre fourmille de critiques acerbes et jouissives sur le monde traditionnel et superficiel des grandes familles.
La frustration de ces grandes bourgeoises qui se vendent, à vingt ans, à de riches fils de banquiers pour étendre leurs terres, qui, une fois les enfants élevés et leur hôtel particulier décoré, sombrent dans l'ennui, la dépression, puis découvrent finalement l'amour via l'adultère. L'hypocrisie des parents qui passent leur temps dans les dîners et vernissages et ne s'occupent guère de leurs enfants, mais qui attendent d'eux la réussite sociale. Cette jeunesse dorée écrasée par ses parents, sortant de rallyes en rallyes en attendant de toucher l'héritage. Cette manie qu'ont ces grandes dames de se sentir altruistes et bonnes, simplement parce qu'elles se sont procuré le frisson d'offrir à manger à de plus pauvres qu'elles.
Ce roman, qui renverse les vérités avec un plaisir non-feint, se dévore avec gourmandise et jubilation.

Cela faisait quelque temps que je n'avais pas été émue, bouleversée, chamboulée et attirée à ce point par des personnages.
Si vous aussi vous avez envie de vous laisser embarquer dans une belle aventure littéraire, je vous conseille de vous ruer sur ce bouquin.

(PS: à propos de concierge des beaux quartiers, je n'avais pas particulièrement aimé "l'Elégance du Hérisson", trop manichéen et simpliste à mon goût).

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Quatrième de couverture:

C’est en passant devant un kiosque à journaux du boulevard Pierre-Seymard, à Nice, qu’Ondine apprend le suicide de sa mère, la grande écrivaine Zita Chalitzine. On l’a retrouvée dans une voiture enveloppée dans un magnifique manteau de fourrure blanc. Zita, qui avait passé sa vie à faire scandale, ne se départ pas de sa réputation. Et juste avant de disparaître, elle faisait encore parler d’elle : elle n’aurait été qu’un prête-nom aux livres qui ont fait son succès. Ondine ne veut rien savoir de sa génitrice qui n’a été qu’une pâle imitation de ce que devrait être une mère et qui n’a jamais voulu lui dire qui était son père. Et pourtant, en rangeant les affaires de Zita, après l’enterrement, Ondine découvre le dernier livre de sa mère, non publié, son autobiographie. Le lecteur entre alors de plein fouet dans la vie extraordinaire de Zita, petite fille pauvre, élevée dans la loge de son énorme mère, Madame Lourdes. Devenue la protégée de la famille propriétaire de l’immeuble dans lequel elle vit, elle découvre la haute société, la vie facile de ceux qui ont les moyens, la culture, la finesse. Après son bac, elle gagne son indépendance en devenant une des filles de Madame Claude et par la même occasion la maîtresse du grand auteur Romain Kiev. Coqueluche du tout-Paris des années 1970, elle illustre ce temps où tout était possible. Les fêtes, les drogues, Yves Saint-Laurent, les belles voitures, on suit Zita dans un tourbillon d’avant crise. Mais aussi dans sa chute, dans sa déchéance. Lorsque l’on est monté si haut, on ne peut que redescendre très bas.
L’AUTEUR
Née une année de sécheresse historique, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’École normale supérieure, travailla dans la banque d’affaires en France et au Mexique avant de devenir chroniqueuse et chef de rubrique culture à Point de Vue. Fourrure est son premier roman.

1 commentaire:

  1. J'ai suivi vos conseils et me suit procure ce livre.
    J'ai passe un excellent moment. C'est le genre de livres dont les personnages continuent de vous habiter apres l'avoir referme.
    Certains passages m'ont cependant paru inutiles (la visite chez Wallis) alors que j ai regrette que d'autres soient moins developpes notamment les dernieres annees de Zita.
    merci pour vos bons conseils!

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