dimanche 22 juillet 2012

"Je t'aime à la Philo", d'Olivia Gazalé



Pourquoi tombe-t-on amoureux? Pourquoi ferais-je ma vie avec cette personne et pas avec une autre?
A quoi sert l'amour? Est-ce une chance, dois-je me lancer à corps perdu dans cette aventure, ou au contraire vaut-il mieux la fuir, se protéger de l'amour qui n'est ni plus ni moins qu'un enfermement, et qui finira mal, de toutes façons?
Qu'est-ce que c'est que cette histoire de "moitié"? Y-a-t-il vraiment sur terre quelqu'un qui soit fait pour moi, ou bien est-ce un mythe? Peut-être que la moitié des personnes sur cette terre est susceptible de me correspondre?
Pourquoi choisir d'être fidèle à une seule personne, et donc refuser l'infinité des plaisirs possibles avec toutes les autres?
Pourquoi se marier? De nos jours, avec l'augmentation des divorces, quel est le sens de cet engagement? Qu'est-ce qui fait que tel couple se sépare, et que tel autre reste ensemble? Ne se ressemblent-ils pas, au fond, ces couples qui pourtant, à un moment charnière de leur vie, font des choix catégoriquement opposés?



Qu'est-ce qu'être fidèle? Si je suis un peu honnête avec moi-même, ne suis-je pas plus exigeant avec mon partenaire qu'avec moi-même, sur ce plan-là?
La sexualité est-elle à prendre avec légèreté ou gravité? Dois-je plutôt m'engager dans une forme traditionnelle de vie de couple, ou plutôt papillonner, libertiner, m'amuser? En cachette de mon partenaire, ou dans une forme de pacte, de transparence totale avec lui? Le modèle du couple libre, comme Sartre/Beauvoir par exemple, est-il concrètement viable? Comment gérer la question de la jalousie?

Comment être une femme aujourd'hui, tiraillée entre le désir d'indépendance, de liberté, la possibilité de pouvoir se réinventer, l'envie de romantisme, de frissons, de rendez-vous secrets et palpitants, dans une herbe qui aurait tendance à toujours être plus verte ailleurs... et les contraintes domestiques, l'égalité des sexes qui en réalité n'existe pas, l'engagement auprès de son mari, l'éducation à donner aux enfants, le travail toujours plus exigeant et la maison qu'il faut toujours tenir, les concessions à faire dans la vie, bien réelle, loin du fantasme dans lequel on peut se perdre?

Comment l'homme, qui pendant des milliers d'années avait le rôle du mâle dominant, encouragé à la conquête, à la polygamie, et ce même au sein du mariage, vit-il tous les bouleversements de ces dernières années, cette égalité hommes-femmes obtenue peu à peu par les luttes féministes, les exigences de plus en plus fortes et parfois contradictoires auxquelles il doit faire face depuis peu?

S'acharner à réveiller le désir dans le couple, à le maintenir avec les années, grâce à de multiples astuces érotiques, avec la même personne, n'est-ce pas un peu pathétique? Ne vaut-il mieux pas, une fois les deux ou trois premières années de passion écoulées, par honnêteté, quitter la personne que je désire moins pour en trouver une autre, pour être en accord avec moi-même? "L'amour est un sentiment, mais d'abord un art"... oui mais pourquoi devrait-on "travailler" à conserver l'amour? N'est-ce pas artificiel?
Quitter, pourquoi pas, mais pour construire quoi ensuite? Et si je restais? Et si j'attendais que la crise passe? Qu'est-ce qui me prouve que je fais le bon choix? Que risqué-je de regretter le plus?

Le couple a-t-il un espoir de continuer, une fois que nous nous sommes enchainés autour d'un crédit immobilier, que nous avons fait des enfants et que nous nous sommes laissés envahir par les engagements matériels, les tâches ménagères, les contraintes énormes du quotidien?
Au contraire, un couple stable, plutôt qu'une vie de célibataire, me permettra-t-il de mieux supporter les difficultés, les épreuves de la vie? Suis-je plus libre seul qu'avec un compagnon de route?
 Et si finalement l'amour augmentait avec les années, plutôt que l'inverse?
Et si nous étions aveuglés par ce que nous vend la société; le sexe, la consommation, la dictature de l'apparence et de la performance?
Quel est ma part de libre-arbitre, moi qui vit dans cette société et qui pourtant en rejette tous ces aspects négatifs?


Si, comme moi, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous poser mille questions sur la vie en général, et sur l'amour en particulier. Si vous avez besoin de réfléchir au sens que vous voulez donner au couple, à votre vie amoureuse, à vos ambitions, à vos rêves, à votre conception de la vie à deux... en quittant de vue votre petit nombril (car en faire le tour des dizaines et des dizaines de fois ne mène à rien, c'est certain -j'ai déjà essayé-) pour voir ce qu'en disent les penseurs, philosophes, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.
Alors je vous conseille de lire "Je t'aime à la Philo, Quand les philosophes parlent d'amour et de sexe", d'Olivia Gazalé.

Cette prof de philo à Sciences-Po, dans ce premier livre, a réussi à écrire à la fois de manière exigeante, pointue, en se basant sur une multitude d'oeuvres, d'auteurs (son livre est extrêmement bien documenté, j'avais envie de me procurer chaque bouquin mentionné dans ses nombreuses notes de bas de page), mais aussi de manière accessible, fédératrice, sur un thème qui nous touche évidemment tous, à plusieurs moments de notre vie. Elle nous donne aussi en exemple la façon de vivre l'amour, la vie de couple, qu'avaient plusieurs philosophes dans leur vie privée, de la plus cynique à la plus généreuse, de la plus désespérante à la plus optimiste.

J'ai pris un plaisir fou à lire chacune des pages de ce livre, il a d'ailleurs fait une suite parfaite au livre sur l'histoire du mariage que j'avais lu quelques semaines avant de me marier ("Mes Alliances, Histoires d'Amour et de Mariage", lire mon post ici)
J'ai aimé son raisonnement rigoureux, sa posture d'intellectuelle, l'absence totale de jugement moral face aux différentes façons de vivre la sexualité, l'amour, la fidélité, mais aussi son envie de ne jamais tomber dans le piège du cynisme.
Après tout, rester fidèle ou libertiner, s'engager ou papillonner, avancer, "construire" ou plutôt s'amuser, rester ou divorcer, procréer ou vivre libre, sans enfants... Un modèle n'est pas meilleur que l'autre, puisque nous finirons tous entre quatre planches, au bout du compte. C'est ce ce que je pense vraiment, et c'est aussi ce grand nombre de choix possibles aujourd'hui qui crée toutes nos questions, toutes nos angoisses, finalement. Devant tous ces choix, comment savoir qu'on fera le bon?
Ce qui compte est de trouver la façon de vivre qui nous correspond le plus, qui nous permettra de vivre et de surmonter les moments difficiles de la vie, chacun à sa manière, en essayant de mesurer les conséquences de nos choix de vie, plus ou moins égoïstes, plus ou moins généreux, sur nous-mêmes, et sur nos proches.

Ce livre vous permettra surtout de faire un point, de prendre du recul sur vous, vos choix. Chaque question abordée par l'auteur m'a permis de réfléchir aux propres réponses que je pourrais apporter, m'a soit bousculée, soit confortée dans mes choix. Il sera lu différemment selon son lecteur, et c'est cela qui est passionnant.
Lisez-ce livre, offrez-le à des adolescents, à des futurs mariés, à une amie en plein doute, à quelqu'un qui "refait" sa vie, à des personnes âgées...
Voilà un livre qui aide à vivre, comme je les aime. L'anti "guide" de l'amour à la sauce magazine féminin. Pas de réponses, pas de jugements, pas de recettes... simplement un moyen de réfléchir, de se sentir plus riche après qu'avant.

"On ne se baigne jamais dans le même fleuve"...

Bonne lecture!


Pour aller plus loin: 
visionner les bonnes émissions "Philosophie" sur Arte, avec le très pédagogue Raphaël Enthoven, où intervient notamment Olivia Gazalé:
cliquez ici.


5 commentaires:

  1. bonjour marine,
    merci pour cette nouvelle fiche de lecture très complète comme d'habitude.
    je pars dans 10 jours en vacances je croix que je vais compulser ton blog avant d'aller faire le plein à la librairie.
    mais, on est bien d'accord, raphaêl Enthoven, il est pédagogue, c'est vrai, mais il est surtout... à tomber !
    je ne suis pas la seule à trouver qu'il a un charme dingue quand même ?
    vanille

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  2. haha j'allais dire la même chose pour Raphaël Enthoven!
    Merci Marine pour cette idée lecture.

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  3. oui, j'ai ommis de le préciser, mais je pense moi aussi que Raphaël Enthoven est évidemment un miracle de la nature! qui peut penser autre chose?
    Franchement, si on me demandait de lécher du sans-plomb 98 délicatement étalé sur son torse, je dirais sans aucun problème "ok mon poulet"!
    Plus sérieusement, je pense vraiment que celles qui écoutent seulement Raphael Enthoven sur sa collection de CD audio, en se privant de la vue de sa délicieuse figure ont vraiment un pète au casque.

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  4. "un pète au casque"
    merci marine je ne connaissais pas cette expression !
    heureuse de constater que je nous sommes d'accord sur raphaêl enthoven "que je ne laisserais pas dormir dans la baignoire" (du sans plomb quand même marine ! beurk !)
    vanille
    ps : j'ai un peu honte de ma faute d'orthographe, "croix" au lieu de "crois" (mais elle est tellement énorme, aurait-elle toutefois une signification psy ?)

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  5. Merci pour ces bons conseils lecture. Un conseil pour pouvoir lire tous tes bons conseils lecture ? Les vacances. Ah oui ? Ca tombe bien elles arrivent ! (mais malheureusement pour celles-ci la liste de livres à lire est complète ! Pour une prochaine fois... à moins que je ne change d'avis...)

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