lundi 27 août 2012

"Le Palais de Verre", de Simon Mawer



J'aime bien, ici, vous parler des livres que j'ai aimés...

J'ai refermé il y a quelques jours "Le Palais de Verre", de Simon Mawer (éditions du Cherche-Midi), et ce roman m'a remuée...
C'est un roman très subtil, difficile à résumer de manière simple.
L'histoire de deux jeunes gens (lui est industriel, riche héritier d'une grande famille juive), qui tombent amoureux dans la Tchécoslovaquie des années 20. Qui évoluent dans un monde ultra privilégié, décadent, fait de fêtes, de voyages et de mondanités, dans une période d'optimisme, d'euphorie, où, après l'horreur de la première guerre, chacun se met à voir en l'avenir une source d'espoir, de vitalité, de progrès. L'industrialisation croissante, l'art contemporain, le jazz, l'architecture moderne avec Le Corbusier, les débuts de la psychanalyse, les peintres et leurs muses, le cinéma... le 20ème siècle, après des débuts sombres, ne peut qu'évoluer vers le meilleur.

C'est ce que croient fermement Liesel et Viktor, qui, après leur mariage, décident, pour abriter leur future famille, de construire une maison qui représentera le rejet du passé, leurs espoirs dans le siècle qui s'ouvre. Une immense maison moderne, cubique et minimaliste, de laquelle sera bannie toute forme d'ornementation, mettant l'accent sur l'espace, les matières brutes tout en étant luxueuses, la lumière et l'équilibre.



C'est dans ce mode de vie indécent et démesuré que l'amour de Liesel et Viktor Landauer, la construction de leur maison et de leur famille, et le roman commencent.
Simon Mawer va nous raconter leur histoire sur plusieurs dizaines d'années. Viktor sentira le premier les temps changer, la politique évoluer. Sa femme, dans son cocon privilégié, mettra plus de temps à regarder la réalité en face. Le couple va vivre des difficultés intimes, en même temps que leur sécurité financière se fragilisera dans cette Europe en plein bouleversement. Ils entendent au loin des rumeurs, assistent, de leur petit monde protégé, à la montée en puissance d'un certain Adolf Hitler, découvrent sans bien tout comprendre qu'on invente de nouvelles méthodes scientifiques de "mesurage" visant à distinguer les humains selon leur "race" (slave, aryenne, juive...), ressentent une menace lointaine, encore floue, visant, d'après ce qu'ils en savent, plutôt les juifs.
Mais la vie continue plus ou moins comme avant, et Liesel est persuadée que rien ne pourra vraiment atteindre la parfaite harmonie de leur famille, de leur vie confortable, si parfaitement représentée par la maison dont ils sont si fiers, leur chef-d’œuvre.

L'auteur entremêle avec beaucoup de fluidité et de finesse l'histoire intime d'un couple et la "grande" Histoire.
La guerre a été vécue différemment selon les gens, selon leur milieu, selon leurs moyens, et selon la chance qu'ils ont eue. Les horreurs de 39-45, les camps, sont à peine évoqués; ils sont induits, ce qui est bien pire. Nous savons bien mieux que les protagonistes ce qui va arriver à leur peuple, à leur pays, puisque nous avons le recul et la connaissance de l'Histoire. Et cette ignorance, cette naïveté, cette légèreté de la population face à ce qu'on ne pouvait imaginer à l'époque est extrêmement bien exprimée dans ce livre.
 Les scientifiques eux-mêmes ne savaient pas bien pour quelle cause ils travaillaient. Chacun essayait de mener sa petite vie, de faire des choix pratiques et stratégiques, sans nécessairement avoir encore la conscience du bien et du mal qui allaient en découler.

Ce roman est le récit de la fin d'un monde, des aléas d'un couple et d'une famille, des espoirs ternis et des ambitions détruites. D'histoires d'amour qui n'ont pas lieu là, et comme elle le devraient.
C'est le récit d'évènements qu'on subit, dans sa vie intime et au sens plus large, d'une vie qu'on peut de moins en moins maitriser, d'un statut social qui s'effondre tout doucement en même temps que la société qui l'avait permis, d'un confort matériel qu'on croyait acquis et éternel et qui nous échappe, cruellement, petit à petit. De destins qu'on déroute pour des raisons administratives, d'histoires personnelles qu'on nie à la faveur d'un passage de frontière, de familles qu'on sépare à la descente d'un train, de quelques milliers de vies humaines dont on perd tout simplement la trace après un contrôle d'identité.
De la réalité avec laquelle on s'arrange, pour sauver son couple, sa peau, ou ses convictions.

Lisez ce livre!

(PS: mention spéciale au travail de la traductrice, Céline Leroy)

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Lire le quatrième de couverture et les articles de presse, sur le site des éditions du Cherche-Midi et reproduits ci-dessous:


Simon MAWER
Le Palais de verre
Traducteur : Céline LEROY
Collection Ailleurs
10 mai 2012
ISBN : 978-2-7491-1820-8
22 € ttc
Une inoubliable fresque conjugale à travers six décennies d'histoire européenne. Finaliste du Booker Prize, élu meilleur livre de l'année parThe Observeret The Financial Times : un chef-d'oeuvre.

Tchécoslovaquie, fin des années 1920. Liesel tombe amoureuse de Viktor Landauer, héritier d'une riche famille juive. Les deux jeunes gens, qui fréquentent la haute société des années folles, rêvent d'une maison moderne. C'est à Venise qu'ils vont rencontrer l'homme capable de mener à bien ce projet, Rainer von Abt, un architecte adepte de Loos, de Mondrian, du Corbusier. Celui-ci va imaginer pour eux un palais de verre, une oeuvre d'art entièrement conçue autour des transparences et de la lumière. Plus qu'une maison, c'est un véritable acte de foi dans le siècle nouveau où, les jeunes mariés n'en doutent pas, l'art, la science, la démocratie sauront venir à bout des ténèbres. Mais les espoirs du jeune couple, comme ceux de toute une société, ne vont pas tarder àêtre mis à mal par les aléas de la vie conjugale et de l'histoire, l'occupation nazie puis soviétique de l'Europe centrale venant bouleverser la donne.


À travers les aventures d'un couple, de leur famille et de leur maison, Simon Mawer brosse un tableau fascinant de six décennies de l'histoire européenne. Mêlant l'intime et l'histoire avec une maestria incomparable, il nous offre un grand roman d'amour et une réflexion inédite sur le sort des individus pris dans la tourmente des temps.


«Le Palais de verre est l'histoire d'une culture qui passe de la décadence à un déclin catastrophique. C'est aussi l'histoire d'un mariage. On y parle d'art, de musique, d'architecture, de solitude, de terreurs, d'espoir, de traîtrises et de sexe. C'est surtout un livre d'une force exceptionnelle. »The Guardian

« Un incroyable sens de l'espace et du temps illumine ce magnifique tableau de la fragilité humaine et de la volonté de survivre malgré tout. Il est clair que nous avons ici affaire à un écrivain au sommet de son art. » The Washington Post


L'auteur
Simon MAWER
Né en 1948, Simon Mawer, diplômé en zoologie de l’université d’Oxford, enseigne la biologie. Il est l’auteur de huit romans, dont Le Nain de Mendel (Calmann-Lévy, 1998) et L’Évangile selon Judas (Flammarion, 2002).


Extraits de presse
« Le Palais de verre est l'histoire d'une culture qui passe de la décadence à un déclin catastrophique. C'est aussi l'histoire d'un mariage. On y parle d'art, de musique, d'architecture, de solitude, de terreurs, d'espoir, de traîtrises et de sexe. C'est surtout un livre d'une force exceptionnelle. »The Guardian

« Un incroyable sens de l'espace et du temps illumine ce magnifique tableau de la fragilité humaine et de la volonté de survivre malgré tout. Il est clair que nous avons ici à faire à un écrivain au sommet de son art. »The Times



"Le romancier transforme cette tragédie en une belle grande fresque historique, architecturale et romanesque. Tout ce qu'on aime !" Pascale Frey, ELLE
"Un livre fort, qui résonne longtemps après la dernière page." Elsa Margot-Amari, AVANTAGES
"De l'histoire vivante, un roman passionnant sur la fin d'un monde." Jeanne Thiriet, PLEINE VIE


3 commentaires:

  1. Dis donc, tu parles drôlement bien des bouquins, toi ! Tu nous l'as déjà prouvé mais là, le sujet me botte. Je m'en vas l'acheter dès demain.
    Je recommande quant à moi Le Grand Coeur de Rufin l'Académicien Français, qui raconte dans une langue choisie et pourtant simple l'histoire peu commune de Jacques Coeur, grand argentier du roi Charles VII, à la première personne et comme un polar (avec retours en arrière et suspense).

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  2. Oui tu donnes très envie de le lire! Tu devrais en faire un métier ;)

    Moi je déconseille le P.D. James "Death comes to Pemberley", suite version polar de Orgueil et Préjugé de J. Austen. Elle imite le style assez bien mais l'intrigue est plate. Je n'ai pas encore fini mais je suis un peu déçue alors que je m'attendais à un truc super. En même temps, oser écrire la suite d'Orgueil et Préjugé... c'était pas gagné...

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  3. Votre analyse est très fine et juste, j'y retrouve toutes les impressions ressenties à la lecture de ce superbe roman, mais que je n'aurais pas si bien exprimées. Bravo et merci.
    J'aimerais lire d'autres critiques de livres que vous avez aimés.

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