dimanche 2 juin 2013

"L'empereur, c'est moi", Hugo Horiot.





J'ai lu un livre il y a quelque temps, un petit bijou.
Le récit de son enfance par un comédien de 30 ans, autiste asperger.

Ce livre m'a fait l'effet d'une claque. De courts chapitres se succèdent, comme autant de souvenirs, de flashes. Des moments clés, des étapes encourageantes et des périodes pleines de désespoir, vécus par Hugo Horiot de sa petite enfance à aujourd'hui.
En famille d'abord, où il explique, avec le recul, les raisons de son mutisme, ses terreurs, ses traumatismes. Ce nouveau point de vue, subjectif, nous permet enfin de comprendre, de nous identifier à l'enfant autiste, à ses souffrances, à ses joies, à ses obsessions.
Puis à l'école, en société, face aux psychanalystes tout-puissants, aux camarades de classe harceleurs, où la bêtise et la violence des institutions et des hommes sont si simplement et si efficacement dénoncées qu'on a envie d'hurler avec l'auteur, qu'on comprend soudain pourquoi il perd tout goût à la vie. La tendresse de sa vie familiale, l'amour maternel décrits au début du livre, laissent peu à peu plus de place à la cruauté, la torture psychologique, la détresse.

 Cette succession de petits moments de la vie d'Hugo, imagés et si bien décrits, se lit de plus en plus intensément, appelle de plus en plus l'émotion, pour arriver au bouquet final, qui a provoqué chez moi un entrelacs de larmes, de révolte et d'admiration.

Car ce qui a permis à Hugo Horiot de rester dans la vie, de progresser, de s'adapter à la société malgré la haine que le système a pour les gens "anormaux", de découvrir le théatre, de devenir comédien, un homme heureux et un tout jeune papa, c'est l'amour. L'Amour Maternel est ici honoré, défendu, à sa juste valeur, enfin.
Un des derniers chapitres, magnifique, est un vibrant hommage à sa mère, qui a aimé et soutenu son fils du début à la fin, contre l'avis des psychanalystes et leurs théories freudiennes de comptoir. Sans cesse culpabilisée par eux, comme le sont souvent les mères d'autistes, qui seraient, selon certains sorciers, les premières responsables du handicap de leur enfant, et les premières coupables de l'entretenir par leur amour si sincère et si engagé qu'il en serait forcément anormalement démesuré, malsain, incestueux, hystérique. Alors que ce sont souvent les mères, seules, qui auront assez de patience, assez d'amour en elles pour pouvoir servir de tuteur à un enfant que tout le monde rejette.

Ce livre est à la fois poétique et cru, tendre et violent, limpide et complexe. Ce tout petit livre simple donne en fait beaucoup de clés pour comprendre l'autisme. Écrit par un homme, un vrai, qui est aussi resté un enfant.
Il m'a bouleversée.







La mère d'Hugo Horiot, Françoise Lefèvre, a écrit un livre sur son fils, "Le Petit Prince Cannibale", récompensé du Prix Goncourt des lycéens en 1990.

Lire l'article du Figaro.fr, "Hugo Horiot, autoportrait d'un ancien autiste"

Acheter "L'empereur, c'est moi"... sur Amazon.


3 commentaires:

  1. ça me donne très envie de le lire, merci!

    RépondreSupprimer
  2. Lors de mon dernier passage à ma médiathèque, je me demandais comme choisir mon prochain livre... en venant sur ton blog pardi !

    RépondreSupprimer
  3. Bon il n'est pas en stock mais je le note dans ma liste !

    RépondreSupprimer