mercredi 16 avril 2014

"Elle" et moi: le début de la fin.








Je ne suis ni veggie (la vie sans viande saignante n'est pas une vie), ni adepte du selfie (après ou avant l'amour)

Je n'ai jamais mangé de chou kale, j'ai 3 kilos de trop mais c'est trop tard parce que l'été est déjà là à Nice. 
Je ne suis plus parisienne, mon mari n'est pas un hipster, je ne vais pas chez Colette.
Je ne fais pas de calculs savants Pi X 3,14/ XY-XX+50%= egalité stricte des tâches ménagères, je trouve Najat Vallaud Belkacem bête, encore plus que la mode du twerk à la Miley Cirus ou le come-back du crop-top.
J'en ai marre des anglicisme de la fashion. 



 
Je crois moyennement aux conseils beauté pour devenir PDGère ou conseils manucure-coiffure pour devenir une bonne gagneuse/manageuse, je me fous de savoir si mon tangerine aux doigts est assorti au blue-lagoon aux pieds, et je n'ai pas (fingers-crossed) de problématique de famille recomposée extrêmement épanouie, vivant dans un duplex dans le Marais redécoré par Sarah Lavoine, avec la fille de la maîtresse de mon mari qui sort avec la fille au pair de ma femme de ménage pendant mes cours de yoga ashtanga (heureusement grâce à la fellation tout s'est très vite réglé avec mon époux, ouf) ce qui pose un sacré problème pour l'organisation du camps d'été en Suisse pour mes kids et des bons-réducs chez Bonpoint et LittleMarcJacobs qu'il va falloir que je collectionne si je veux que mes gamins soient habillés décemment pour rentrer à Janson-de-sailly l'année prochaine.


Je n'ai pas spécialement envie de voter pour Ségolène Royal simplement parce que c'est une femme, ni d'aquiescer benoitement à TOUS les conseils de Benoite Groult simplement parce que c'est une féministe.
 D'ailleurs entre deux recettes de tian sauce Inès de la Fressange spécial "attraper un mari riche" et trois recettes de desserts Trish Desseine pour "garder son mari riche", faut pas que j'oublie d'aller acheter la dernière machine à laver vantée dans leur publi-communiqué de la page 53. Tout en attendant avec hâte la rubrique "divorcer d'un mari riche" de la semaine suivante (ce qui arrivera à coup sûr si j'ai foiré la sodomie de la paix ou si j'ai zappé l'épilation intégrale, voire si je n'ai toujours pas perdu mes 15 kilos de gras un mois après mon accouchement).

Le courrier des lectrices (sous prozac?), les conseils du psy pour TOUT (choisir le bon jean ou avoir un orgasme, mais aussi planter des carottes fanes bio sans recevoir de critiques de sa belle-mère) et la chronique ahurissante de Nicolas Bedos, qui nous raconte ses histoires de liquide séminal qu'il a déversé en spray sur toute la Rive-Gauche toute la semaine précédente me donnent envie de décéder de stupeur à chaque fois.

Je trouve épuisants les conseils, à chaque rentrée de septembre, des mamans people pour bien s'occuper de ses enfants (du genre: relâchez la pression, si votre nounou vous appelle:dérange quand vous êtes en meeting à NY parce qu'elle ne retrouve plus les indications sur les looks hebdomadaires de vos enfants, et les habille une fois en monop' au lieu de l'habituel Bonton ou Finger in the Nose, pressée en plus, parce qu'elle a un vernissage, vous êtes une bonne mère quand même, et d'ailleurs la qualité compte plus que la quantité, vous les rhabillerez mieux le mois prochain quand vous reviendrez de votre full-moon party à Goa).

Je suis fatiguée de lire des interviews de Julia Roberts à qui on demande comment elle fait pour conciler ses horaires de travail et l'éducation de ses enfants, ou de Léa Seydoux qui nous explique qu'elle a toujours peur de perdre son indépendance financière si elle ne travaille pas. 
J'en ai ma claque de lire que, selon Inès de la Fressange, rien n'est plus chic, en villégiature à Tarascon, de se déguiser en lavandière, habillée d'une simple chemise de travail dégottée à la brocante de Saint-Rémy de Provence en plein mois d'aout et de dormir sur un boutis en toile de matelas à la belle-étoile parceque Less Is More.

Je lis les conseils alimentaires des mannequins, et je les prends autant au sérieux que si un curé m'expliquait qu'il donnait des cours de tantra et de rééducation périnéale.
 Je passe d'une interview d'une grande écrivaine ou d'une grande scientifique respectable et intéressante, à une publicité, une page sur deux, pour acheter le it-bag à 1200€.
Je parcours un article vantant les grosses et les bourrelets (une fois par an, faut pas pousser), ou un coup de gueule sur les ravages de la maigreur sur l'esprit de nos adolescentes, et à la page suivante je comprends que si je rentre à nouveau, un jour, dans mon 36 d'avant-bébés, je ne serai rien qu'une vache obèse suante juste bonne à rouler du trottoir au caniveau.
 Je lis de la propagande pour que les filles aillent enfin faire des études d'ingénieur et je tombe sur "24h avec Kim Kardashian, les secrets de sa réussite", ou "Un week-end avec la jet-setteuse et muse bulgare topless Marija, 14 ans: comment faire la fête toute la nuit et se réveiller le lendemain après-midi avec une routine beauté assez efficace pour faire office de petit-déjeuner"
Je lis un article poussant les femmes du monde entier à adopter les valeurs supérieures du pays du siècle des Lumières et je tombe sur un hommage aux Femen qui pissent sur les cloches de Notre-Dame.

 
BREF. 

Est-ce qu'à 32 ans je commence à me faire vieille? ou alors plus assez intelligente (j'avoue qu'il y a des rubriques "buzz" que je ne comprends plus du tout). Est-ce le magazine que j'aimais qui a tant changé, ou est-ce moi qui suis, avec mes 3 enfants, mon mari et ma vie en province, devenue une pauvre loseuse?
Hormis les pages livres que j'aime encore beaucoup, je me sens plus instruite après avoir lu Voici... C'est un signal à prendre en compte.

J'ai donc pris une grande décision, un tout petit pas pour l'humanité, certes, mais un grand (premier) pas pour le féminisme: je vais (enfin) me désabonner de "Elle".
(il n'est jamais trop tard)


à lire aussi: 
un billet qui m'avait été inspiré par une chronique beauté dans Elle...
L'attachée de presse, tueuse des beaux quartiers



15 commentaires:

  1. Je ne lis que rarement ce genre de magazine : tu décris très bien ce que je ressens en lisant ça, et j'ai 26 ans, pas d'enfants, donc ce n'est pas une question d'âge ou de situation familiale... Il faudrait vraiment que j'aie un trajet de 5h en tgv et rien sous la main pour lire ça. Je déteste qu'on me dise ce que je dois faire, ce que je dois penser, ce que je dois acheter, comment je dois m'habiller... etc :)

    RépondreSupprimer
  2. Ca doit faire 7-8 ans que je ne suis plsu abonnée, en gros pour les mêmes raisons que toi (tiens, j'avais le même âge;-)). Samedi, un mec du service abonnements ELLE m'appelle pour une relance, comme environ chaque année. M'offre monts et merveilles de réductions pour son torchon. Comme à chaque fois, je dis que si j'avais voulu, j'aurais renouvelé, mais je ne veux pas, parce que je préfère m'occuper de mes poules et de mes carottes bio dans mon jardin. Avec les fringues que je veux, l'épilation que je veux, et des bottes en caoutchouc à moins de 500€.

    RépondreSupprimer
  3. Je n'aime pas trop ELLE, je trouve qu'il se force trop à trouver des polémiques et que les interviews se ressemblent toutes !

    R
    http://linconstance.blogspot.fr
    Un article tous les jours, naïvetés et futilités au programme,
    Viendras-tu ?

    RépondreSupprimer
  4. Merci pour cet article que je partage à 200 % je me porte bien mieux depuis que je me suis désabonnée de Elle !

    RépondreSupprimer
  5. Ce n'est pas une question d'âge... J'ai 25 ans, et je crois que j'ai toujours trouvé "Elle" nullissime. Pourquoi? Parce que contrairement aux autres magasines féminins, "elle" n'assume pas. Je préfère mille fois Cosmo (qui nous prodigue moult conseils foireux, évidemment, mais de temps en temps, au soleil....^^) car le ton est délibérément "pas sérieux" (je n'arrive pas à trouver l'adjectif que je cherche, pardonnez moi, ma matinée de prof fut longue!) Je trouve que Cosmo, malgré ses articles sans réelle profondeur et les problématiques d'un intérêt il est vrai contestable, arrive à montrer que c'est un magasine qui ne se prend pas (complètement) au sérieux. Voila le réel problème de "Elle", selon moi : se prendre au sérieux, et imaginer que tout le monde est pote avec Paris Hilton et mange des ladurée au ptit dej tout en faisant du 34.
    Bon.
    Il ne te reste plus qu'à essayer "Causette"! Je n'aime pas toujours l'intégralité de ce qu'ils font, mais l'équipe a le mérite de proposer un magasine presque sans pub (ou alors des pub pour des trucs pas connu, et rien de luxueux), des articles écrits par des vrais journalistes (après, on est d'accord, ou pas, mais au moins il y a de quoi débattre), et un courrier des lectrices plutôt pertinent ^^
    Bravo à toi pour le désabonnement !
    (en vrai, je savais que tu lisais "Elle", et ça me rendait perplexe, puisque ça n'allait pas du tout avec "la ligne éditoriale" de ton blog !)

    RépondreSupprimer
  6. PS : "Causette" a aussi une rubrique "livre" ! : )

    RépondreSupprimer
  7. @ toutes:

    Merci pour vos commentaires :-)
    En vrai, je lis(ais) Elle, mais aussi tout un tas d'autres trucs.

    Je suis une vraie bouffeuse de presse, les hebdo d'actualité comme l'Express, le magazine du Monde, les magazines mensuels type Néon, causette mais à petite dose (la côté féministe-hystérique-anti-épilation-gauchiste-lesbienne--Larzac-vieille baba-gilets en poils de yack me fatigue un peu aussi... Même si j'adore certaines rubriques), Photo (que j'adore), et même des magazines de déco, de cuisine... J'aime bien Clés aussi, intello et accessible.
    Tout sauf évidemment les magazines parentaux que je hais et la plupart des magazines féminins.
    Je lis même Gala, Paris-Match et Point de Vue à chaque fois que la grand-mère de Jean-Chou vient à la maison, elle me les rapporte parce qu'elle sait que je bouffe à tous les râteliers ;-)
    Et, pas seulement chez le médecin, je ne dis jamais non à un bon petit Voici (mais pas trop souvent et jamais de mélanges avec de autres mag people sinon ça me donne la nausée)

    "Elle" me manquera pour une chose: quand on le lit avec second degré (j'espère que la plupart des lectrices le lisent ainsi), c'est tout de même hilarant

    RépondreSupprimer
  8. Désabonnement il y a un an et demi en ce qui me concerne, et sans regrets... Bon j'achète toujours Elle épisodiquement quand je pars en vacances mais les contradictions flagrantes à 2 pages d'intervalle (égalité homme-femme vs les secrets post-grossesse de Jessica Alba) ou les histoires de lectrices à dormir debout... me rappellent pourquoi j'ai arrêté de le lire! Seul problème, je n'ai pas trouvé de remplaçant...

    RépondreSupprimer
  9. Bien d'accord avec cette analyse, ça fait un moment déjà que "Elle " m'exaspère ....
    Excellent billet avec une très jolie plume ! J'adore
    Aude

    RépondreSupprimer
  10. "Elle" m'avait déjà choquée avec ses articles de "bourgeoise" bien pensante sur les femmes noires (critères de beauté, styles, mode...), vraiment pas digne d'être publié ce magazine. Tu fais le bon choix !

    RépondreSupprimer
  11. Ouh Yeah ! Une presse tellement plus intéressante t'attends ^^

    RépondreSupprimer
  12. J'ai 29ans, pas d'enfants ni de mari, mais j'ai jamais aimé Elle, j'ai toujours trouvé ça débile, comme tu le soulignes dans ton article, même quand j'avais 16ans, 20ans ou 25ans...

    RépondreSupprimer