vendredi 8 août 2014

"Passé Imparfait", de Julian Fellowes (ainsi que "Downton Abbey"et "Snobs")

http://www.sonatine-editions.fr/livres/Passe-imparfait.asp


Cet été, j'ai eu un coup-de-cœur pour le livre "Passé imparfait", de Julian Fellowes (éditions Sonatine)

C'est après avoir lu dans L'Express une interview savoureuse de l'auteur, un comédien et scénariste anglais, conservateur et aristo, bourré d'ironie sur son milieu mais le défendant aussi en bien des points, que j'ai eu envie de me procurer son livre.





Je n'ai pas été déçue: l'auteur y décrit un monde qu'il connait bien puisqu'il en est issu: l'aristocratie anglaise de ses jeunes années (les années 60) et sa décadence.
 Le narrateur, devenu écrivain, qui a perdu de vue pas mal de ses anciens amis, va devoir aller à la rencontre de certains d'entre eux pour rendre service à une connaissance qu'il a retrouvée. Chacune de ses rencontres est racontée dans un chapitre dédié, et l'auteur va, selon les personnages, constater l'évolution de chacun: certains auront "réussi", d'autre moins, certaines de ses amies seront heureuses, d'autres engluées dans des mariages confortables matériellement mais compliqués sous d'autres aspects. Au passage, il en profitera pour remettre en question sa propre vie.

Le scénario, très bien ficelé, est prétexte à des portraits croustillants, des description géniales de personnages hauts en couleurs: on évolue chez les riches, TRÈS riches: l'auteur se régale, dans des scènes très cinématographiques, à nouer des intrigues sur fond de rallyes, de mariages arrangés et de garden parties dans des domaines anglais prestigieux.
Le livre est truffé de réflexions bien-senties sur l'évolution de la société, les hypocrisies de ce monde conservateur (auquel il est cependant attaché) mais aussi celles des idées travaillistes plus modernes, pas exemptes de contradictions et de bien-pensance.

Impertinent, tordant, évidemment mondain et, dans une certaine mesure, snob (mais avec le recul qui est la preuve d'une intelligence supérieure, et qui rend ce goût pour le respect de codes parfois absurdes, le superflu, et l'apparence, presque "nécessaire" pour assurer le Show de la vie!) ce livre se déguste comme une coupe de Champagne. Un rien langue de vipère, dur et lucide sur les défauts de ses personnages, mais aussi tendre avec eux... ce roman est une réussite!
J'ai passé ma lecture à rire, relever des passages, les lire à Jean-Chou (qui est en plein dans la lecture du livre en ce moment, quelle chance il a), photographier des pages, m'exclamer "mais qu'est ce que c'est bien vu!".
Je suis tombée littéralement amoureuse de l'humour ravageur de l'auteur, ce décalage anglais qui rend chaque phrase talentueuse, qui souligne à quel point l'esprit, plus que l'humour, est un don que tout le monde ne possède pas. J'aimerais écrire aussi bien que Julian Fellowes, avoir un regard aussi acéré, nuancé et mordant sur la société.

voici deux extraits: 









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J'ai tellement adoré le style de l'auteur que, ayant vu qu'il était l'auteur de la série Dowton Abbey,
j'ai décidé de me procurer les 3 premières saisons.
Je ne suis pas du tout série télé habituellement, par manque de temps et d'envie de me plonger dans des saisons à rallonge qui me rendraient addict. Mais là, exceptionnellement, j'ai senti que ça pourrait être pour moi:
J'adore me plonger dans cette époque du début du 20ème siècle, le monde de cette classe raffinée et privilégiée, où l'abondance et les progrès paraissaient sans limite, ou personne n'imaginait encore le sombre avenir, la décadence qui allait poindre... (comme le livre "Le Palais de Verre" de Simon Mawer -lire mon billet ici- que j'avais adoré, ou le film "Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson, dédié à Stefan Zweig, ou même encore "Belle du Seigneur" d'Albert Cohen -lire mon billet -)



Bingo, j'ai trouvé la série extrêmement bien écrite, intelligente, drôle (grâce à l'inénarrable grand-mère) et dramatique à la fois...  sans parler des décors, costumes, tout ce stylisme belle-époque super bien reconstitué qui fait complètement rêver. (a voir absolument en VO, of course)

J'ai été captivée par le croisement des destins des maîtres de Dowton Abbey, et de ceux de leurs domestiques.
 Rien n'est manichéen, tout est nuancé: il n'y a pas les mauvais aristos, riches et esclavagistes d'un côté, et les gentils domestiques exploités et victimes de l'autre. On comprend dans ce film comment chacun a son rôle, et doit s'y tenir pour le fonctionnement de cette micro-société tout entière; les maitres ne sont pas "propriétaires" de Downton mais bel et bien "gardiens", ils doivent assurer sa continuité, la survie du domaine, continuer à fournir du travail aux villageois, dans une stabilité rassurante, un conservatisme, en bien des points, très défendable. Même si le système est très injuste puisque seul l'ainé, homme, peut hériter du domaine (les femmes ayant pour unique but de faire un bon mariage), c'était un moyen de ne pas disperser la fortune familiale en deux générations et d'assurer, toujours, cette fameuse continuité familiale, en honorant les réalisations et ambitions de leurs ancêtres.
On se plonge ainsi dans les stratégies du droit successoral anglais, et, si foufou que cela puisse paraitre: on se prend de passion!

De l'autre, on comprend les codes, la hiérarchie qui existe entre les différents postes de domestiques. De la simple bonne, qui ne doit jamais se faire voir des maitres, au majordome, véritable pierre angulaire de la vie du château, un pied dans les deux sociétés, il y a tout un monde!

On assiste à l'évolution de la société, sur fond de 1ère Guerre Mondiale, combats pour la libération des femmes, luttes travaillistes, indépendantistes irlandais... on se sent dans un cocon très confortable, on se prend à croire, comme les maitres, à l'immuabilité de ce monde qui vivait au dessus de ses moyens, et en même temps, on sait les évolutions qui vont suivre, on est empathique avec les combats des domestiques pour l'amélioration de leur sort... et on comprend comment ces aristocrates, s'ils ne veulent pas tout perdre, vont devoir s'adapter, changer... paradoxalement, s'assouplir et évoluer pour continuer à être conservateurs!
Et on comprend tout autant les combats du peuple,  et son souhait d'une société égalitaire, fondée sur le mérite plus que sur la naissance!

C'est ça la magie de cette série: on s'identifie tout autant aux maitres qu'aux domestiques. Chacun a ses raisons, chaque raison est valable et respectable. Les échanges de point de vue exprimés dans la série sont, politiquement et socialement, très riches. Passionnant!
(Jean-Chou et moi, on est restés scotchés tous les soirs pendant 10 jours devant la série. Fans de la famille Crawley, de Matthew, de M. Bates, du Majordome Carson... Et on était tout bouleversés à la fin de la saison 3, désemparés de devoir attendre la suite. Même ma fille, qui a vu le premier épisode -sans comprendre grand-chose-, est tombée amoureuse de l'atmosphère de la série et de la belle et fougueuse Lady Mary)
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Procédant par association, après avoir dévoré ce roman et cette série, je me suis ensuite dirigée vers le premier roman de Julian Fellowes; "Snobs"


http://www.amazon.fr/Snobs-Julian-Fellowes/dp/2253122769

Là encore, j'ai pris mon pied.
Une sorte de mix entre Cendrillon et Madame Bovary. Un portrait truculent d'une jeune arriviste, vite (et très bien) mariée, et vite lassée... avec, au passage, une savoureuse critique du monde des acteurs que l'auteur connait bien.
Tant d'humour, d'esprit, de jugeotte réunis en un seul petit roman frais et pétillant, ce n'est pas humain. Vraiment.

La scène de la nuit de noces est irrésistible: 
pardon pour la tâche sur le bouquin, on va dire que c'est la faute des enfants ;-)





majestueux, n'est-il pas?

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Vous l'aurez compris, j'ai découvert cet auteur cet été et ça a été une révélation! J'adorerais passer un week-end avec lui dans la campagne anglaise et l'écouter me raconter toutes ses anecdotes croustillantes au coin du feu...
 Installez-vous bien confortablement dans votre canapé chesterfield, avec une tasse de thé et un plaid (on aurait presque hâte d’être à l'automne...) pour lire ses romans, regarder Dowton Abbey, et surtout, laissez-vous porter par cette délicieuse atmosphère british!

Alors, tentés?





1 commentaire:

  1. Moi aussi je suis fan de Downtown Abbey :-)
    Une série méconnue en France.

    A regarder comme tu le dis en VO, of course!

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