mercredi 20 mai 2015

"tombée du nid", un témoignage de Clotilde Noël, sur l'adoption d'un enfant "différent"


http://tombeedunid.fr/


Je viens de recevoir et de lire le témoignage de Clotilde Noël, "tombée du nid" (éditions Terra Mare).
C'est un lisant un statut Facebook très bien écrit, avec humour et tendresse, publié par un de ses amis, et partagé par je ne sais plus qui dans mon fil d'actu, que j'ai eu envie de le commander.

Clotilde et Nicolas étaient parents de six jeunes enfants quand ils ont adopté leur petite Marie, atteinte d'autisme et de trisomie 21.
Le livre de Clotilde raconte leur parcours (semé d'embuches), celui d'avoir fait le choix d'accueillir au sein de leur famille un enfant dont personne ne voudrait, un enfant rejeté à la naissance à cause de sa différence, comme "tombé du nid"... et le parcours du combattant pour que leur souhait d'aimer un enfant, quel que soit son handicap, sa couleur de peau, soit pris au sérieux, légitime, respecté.
Elle raconte, entre humour et révolte, les difficultés des rapports avec certains assistantes sociales et psy, pas toujours à l'écoute, parfois dans le jugement, souvent dans le mépris.
Les rapports avec l'administration sont ubuesques (ou kafkaïens, selon vos gouts littéraires), le couple étant sans cesse balloté de rendez-vous en rendez-vous, bercé de faux espoirs, interrogé, jugé, vivant parfois de réelles intrusions dans leurs valeurs et dans leur choix.




Clotilde et son mari ont fait le choix de l'amour, de la confiance et de l'épanouissement dans la parentalité: ces valeurs ne plaisent pas à tout le monde dans notre société actuelle, et leur foi en la vie et en l'amour sont régulièrement mises en doute par les professionnels leur faisant face, comme si des parents, d'une famille déjà nombreuse (vue par beaucoup comme étant déjà source de contraintes terribles), pouvaient véritablement être assez fous pour demander à se gâcher un peu plus la vie, en désirant aimer un enfant sans conditions, un enfant dont personne ne veut, un enfant pas parfait, plein de vices-cachés apparents, ni productif ni rentable!
Experts psychiatres et autres professionnels de santé se succèderont et se pencheront pendant de longs mois, et même de longues années, sur le cas "Noël", couple qui ne pouvait, selon les étiquettes en vigueur, qu'être idéologue, humaniste à l'extrême, voire en quête malsaine d'une médaille d'héroïsme humanitaire... un couple louche, donc.

Clotilde écrit bien, analyse et décrit très bien ses ressentis, truffe son livre de jolies références (quel bonheur de retrouver la citation de fin du magnifique film "Fanny" de Pagnol, dans laquelle César se demande, entre Marius, le père biologique fuyard, et Panisse, celui qui a élevé l'enfant de Fanny, qui des deux est le vrai père, citation que j'aime beaucoup et à laquelle je pense très souvent depuis que je suis mère).
Ce livre est celui d'une femme qui a eu le temps de prendre du recul sur l'aventure qu'elle décrit, d'une mère qui a choisi, entre l'amour et la mort (des deux idées, laquelle est une illusion?), de croire en la première. C'est aussi le livre d'une équipe, puisque son mari Nicolas y tient une grande place, et chacune de leurs décisions s'est prise à deux, de manière soudée et aimante.

J'ai beaucoup aimé la sagesse, la philosophie de Clotilde (cette philosophie que je retrouve chez toutes les mères de famille nombreuse que je rencontre), et sa liberté. Car pour faire des choix différents, passer outre les qu'en-dira-t-on, refuser l'uniformisation des choix de vie que la société nous propose, se poser la question du sens qu'on veut donner à sa vie sans se contenter de rester bien confortablement dans sa petite boite, il faut forcément être un peu plus rock'n'roll que la moyenne.

Ce livre est aussi, même s'il n'est surtout pas militant (la foi chrétienne de Clotilde est clairement exprimée, mais n'est pas l'unique élément pour la décrire, et n'est évidemment en aucun cas la condition obligatoire d'un tel choix) et se distingue par son humilité, un manifeste pour la vie et le respect de la vie quelle qu'elle soit, de la naissance à la mort. Ce qui, à notre époque, fait forcément réfléchir, sur le chemin que prend la société, et sur les propres réactions que l'on aurait dans le même cas.
Même s'il traite d'un sujet différent, la lecture de ce livre a résonné en moi avec celle de "l'Instinct de Vivre", de Laetitia Lycke (que j'ai eu la chance de rencontrer!), sur le deuil périnatal. Je trouve chez toutes deux une forme de sagesse identique, une humilité et un respect devant la vie humaine, qui fait beaucoup de bien.

Enfin, j'ai aimé ce livre car il n'émet pas de jugement, ne joue pas sur la corde sensible ou le manichéisme. Marie a été désirée, aimée pendant la grossesse, mais à l'annonce de sa trisomie, à sa naissance, ses parents ne se sont pas sentis capables de l'élever.
Clotilde exprime du respect et de la gratitude pour ses parents qui ont permis que Marie (dont le prénom de naissance a été conservé, par respect pour ses origines) croise sa route. Le reste est du registre de l'intime, du personnel, et le choix des parents biologiques n'a pas à être jugé, c'est ce qui s'exprime -entre les lignes, car Clotilde a, me semble-t-il, de la classe- très sobrement et furtivement dans le livre.
Là encore, cette humanité fait du bien.

Voilà un nouveau livre que je vous conseille de lire!




Marius: "Mais enfin, tu sais bien que l'enfant est mon fils...
César: -bien sûr que je le sais. Il te ressemble comme deux gouttes d'eau. Mais quand même lui (Honoré/Panisse), c'est un peu son père... Cet enfant, quand il est né, il pesait quatre kilos... ceux-là, c'est sa mère qui les a faits. Maintenant, il arrive à sept... ces trois kilos de plus, c'est trois kilos d'amour (et pourtant, ça pèse pas bien lourd, l'amour). Moi j'en ai donné ma petite part... Sa mère en a donné beaucoup, naturellement; mais celui qui a donné le plus, c'est Honoré. Et toi, qu'est ce que tu lui as donné?
Marius: La vie
César: les chiens aussi donnent la vie: pourtant, ce ne sont pas des pères...Et puis cet enfant, tu ne le voulais pas. la vie, ne dis pas que tu la lui as donnée: il te l'a prise."
("Fanny", de Pagnol)


Voici le lien de l'association de Clotilde, à laquelle l'intégralité du produit de la vente du livre sera reversée:
http://tombeedunid.fr/

Vous pouvez commander le livre ici.

La page Facebook de l'association est à aimer ici


5 commentaires:

  1. Je signale que pour bien comprendre l'attitude de l'administration, il me paraît indispensable d'être bien informé sur une "aventure" analogue, qui est celle de Claudette (née COMBES) et Patrick LEMARIÉ .
    Ils ont, ou ont eu, 24 enfants dont 23 adoptés de tous âges et toutes origines. La première adoption était un bébé Biafrais en 1970.
    D'après mes quelques souvenirs, qui sont très vagues, ça avait été un demi échec

    Claudette Combes a écrit de nombreux livres dont :
    Les Enfants de la Joie (1979), mentionné le 1 janvier 1980 dans un entretien avec Jacques CHANCEL.

    Claudette Combes-Lemarié vit à Uzès dans le sud de la France. Son mari Patrick est décédé en août 2004.

    Je n'en sais pas plus ... (consacrant mon temps libre pour Vincent Lambert...)

    Jean Daniel Reuss - Courriel : jdreuss@geko4x4.com

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  2. Eh bien mon ami, saches que le projet de Claudette Combes a aboutit a un beau lot d'échecs.
    -L'une des fille adoptée à était assassiné par son époux (affaire Adeline Piet)
    -Un autre est en prison pour meurtre (affaire Lionel Delahaye)
    -Un autre s'est suicidé
    -quelques uns d'entres eux ont des tendences alcooliques ( 5 ou 6)

    Et les 2/3 ont de la colère envers leur mère adoptive et ont coupé les liens avec elle.

    Ceux qui restent vont plutôt bien, je le sais car je suis le fils d'une des filles adoptée.

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    1. Bonjour, j'espère vraiment que vous lirez ce message.
      Je suis moi aussi l'enfant d'un des fils adoptifs de madame Combes.
      Et je cherche desesperement à contacter cette femme, qui même si elle attise la haine (plutôt de l'indiffence desormais...) de mon père, reste ma ''grand mère''...
      Je ne l'ai rencontré qu'une fois, lorsque je n'étais encore qu'un bébé et je n'en ai malheureusement aucun souvenir, à part une photo...
      Je ne recherche pas à nouer de lien mais bel et bien à simplement tenter de comprendre certaines choses sur le pourquoi du comment, et pour m'aider a en savoir plus sur moi même.

      Avez vous une idée d'où la contacter...ou la trouver...? De simples informations...?

      Merci d'avance de votre réponse, même si je doute qu'elle soit concluante...

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    2. Bonjour, je ne peux pas vous aider concernant la situation actuelle de Claudette Combes mais peut être pourrez vous m'aider a avoir des nouvelles de quelques uns des enfants adoptifs que j'ai connu il y a bien longtemps pour avoir vécu 2 ans avec eux avant leur déménagement pour Cancale ? Puisque vous êtes le fils de l'un d'entre eux, peut être a t-il encore des liens avec certains de ses frères et soeurs ? Je serai si heureuse de savoir ce qu'ils sont devenus et surtout qu'ils s'en sont sortis au mieux vu les circonstances que j'ai connues ... J espère que vous lirez ce message et vous souhaite en tous les cas la réussite de vos recherches.

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  3. Je suis ancienne élève de Claudette Combes, alors jeune agrégée de lettres à Amiens. Enthousiaste, elle était une excellent prof qui nous faisait partager sa passion pour la littérature et qui nous a marqués durablement. Pour quelques unes d'entre nous elle a été une belle rencontre, déterminante. Je suis d'autant plus triste d'apprendre le fiasco de ce que nous pensions être un beau et généreux projet, une chance unique et inespérée pour des enfants blessés par la vie, quelques fois lourdement handicapés, inadoptables ... Monique

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