jeudi 29 janvier 2015

Maternité, estime de soi et lâcher-prise.


"Mater Dolorosa", (Murillo 1668/70)


J'ai lu un billet bien écrit et intéressant sur un sujet qui nous touche toutes, par La Mite Orange, intitulé "est-ce que devenir mère constitue une entrave?"

Personnellement je me sens plus libérée du regard de la société, assez cool et assurée sur ma façon d'être mère et femme, que l'auteur du blog (même si je suis passée par des phases plus ou moins fortes de prise de chou sur ce thème, notamment à la fin de mes grossesses qui m'ont réellement tapé sur le système -on est des nanas ou on n'est pas vraiment des nanas?-)

Je crois que les pseudo "entraves" sont surtout celles qu'on se met toute seule dans la tête...
Et quand je lis des billets comme celui ci, ça me fait un peu de peine, de voir tout ce que les femmes se mettent sur le dos.
Moi, j'ai surtout envie de dire aux mères:


mercredi 28 janvier 2015

Le Lubéron en famille (flashbacks)

J'ai des envies de nouvelles destinations, et aussi de me replonger dans des voyages en famille en ce moment...
 voici un petit billet "flashback" (il y en aura peut-être d'autres...), réunissant des photos de deux séjours différents faits en famille, sur le thème du Lubéron!


Le Lubéron est une de nos régions préférées.
J'y ai de la famille mais ne l'avais jamais vraiment visitée quand j'étais plus jeune.

Nous l'avons réellement découverte après la naissance de notre fille ainée, il y a plus de 6 ans: pendant ma grossesse, nous avions prévu de faire un voyage juste après sa naissance, juste tous les trois, sans famille ni obligations sociales. Pour se ressourcer après mon accouchement, apprendre à se connaître, apprendre notre nouveau métier de parents, et commencer notre vie de famille. Et c'est une fois ce voyage fait que nous allions, ensuite, organiser la véritable "entrée dans le monde" de notre premier bébé, avec famille, belle-famille, entourage plus ou moins proche à visiter, voire parasitages en tous genres à gérer!
Ça a été une des plus belles idées qu'on ait eues... ces deux semaines en fusion tous les trois, quelques semaines après mon accouchement, déconnectés du quotidien, dans un gîte, avec notre bébé de trois semaines, en vadrouille en porte-bébé, sont un souvenir magique.
Balades à pied et en voiture, de villages perchés en champs de lavande, de ruines médiévales, cabanes en pierre sèche (bories), en petits restos en terrasse... avec pour seul équipement-bébé une bassine à béton achetée chez casto pour la baigner le soir à l'hotel, un porte-bébé, des couches, et mes seins pour la nourrir n'importe où, en haut d'un clocher où dans une foret domaniale...  et l'odeur des pins et le chant des cigales pour seule compagnie.

Nous y sommes retournés quelques jours l'année dernière avec nos trois enfants, en mars, quand notre petite dernière avait trois mois. L'hiver, c'est peut être encore plus beau: déserté par la hype parisienne, un ciel bleu électrique, un mistral revigorant, l'odeur du feu de cheminée en rentrant à l’hôtel... Tous ces petits villages, typiques de la Provence, ambiance "A year in Provence" de Peter Mayle, ou "Love actually", "Swimming Pool" ou "La Gloire de Mon Père", sont aussi de vrais terrains de jeu pour les enfants!

Cucuron, Saint-Saturnin les Apt, Apt, Ménerbes, Bonnieux, Gordes, Lourmarin, Lacoste, Oppède-le-Vieux, Fontaine-de-Vaucluse, Roussillon et ses canyons d'ocre (Le "Colorado" de Rustrel) n'ont plus de secrets pour nous!


"Part I":
Le Lubéron version "hiver" (mars 2014), séjour au "Vignoble en Lubéron" à Cucuron:



Menton en hiver



mardi 13 janvier 2015

Je suis française. Un peu de mon état d'esprit...




Sortir faire une balade.
Lever le nez de son écran.
Couper momentanément sa connexion à internet.
Ne pas lire les commentaires sur Facebook.
Faire montre de discernement.

Sentir l'air et la chaleur du soleil sur sa peau.
Plonger son regard dans celui de ses enfants. 
Les regarder jouer, caresser une fleur, pousser des petits cris de bonheur devant un papillon.

Ouvrir un livre sur la religion, de préférence d'une autre que la sienne.
Comprendre, si on est athée, que d'autres croient.
Admettre, quand on est croyant, que d'autres ne le soient pas.
Comprendre que des croyants puissent être heurtés, choqués, par des messages de provocation dont la pertinence peut être discutée.
Accepter que ce qui peut être sacré pour soi, ne puisse être étendu à l'ensemble de la population.
Respecter la foi et les lieux de culte de chacun.
Vivre sa foi de manière personnelle, sans la brandir comme un drapeau. 
Dénoncer les actes de racisme, les amalgames et les règlements de compte.

Essayer de ne pas être qu'une somme d'individualismes forcenés, mais d'être des citoyens français, unis derrière les valeurs de liberté, égalité, fraternité, qui nous font aimer et être fiers de notre pays.
Accepter les règles d'un pays dans lequel on a décidé de vivre, condition pour parvenir à vivre ensemble.
"À Rome, faire comme les romains".

Essayer de croire qu'on peut encore tous se supporter.
Sourire à une personne différente de soi, faire une bonne action, lui rendre un service.
Penser aux musulmans, juifs, chrétiens ou athées, qui étaient nos potes dans la cour de recré, qui sont nos amis, collègues, voisins... Avec qui on s'entend, pas pour des raisons de religion, mais Parcequ'on a des passions communes, parce qu'on se marre ensemble.
Ne pas pouvoir s'entendre avec tout le monde, parce que c'est humain, mais pas sur un critère religieux.

En tant que petite-fille de militaire, rire devant l'ironie qui fait réaliser, aujourd'hui, aux libertaires de tout poil, enfants gâtés de 68, petits-bourgeois par excellence, que s'ils peuvent continuer à dormir sur leurs deux oreilles et faire leurs pitreries anti-cléricales dans un des pays les plus libres du monde, c'est parceque les forces de l'ordre veillent, et que la démocratie n'est pas un acquis, ni un jouet qu'on peut piétiner comme un enfant capricieux, mais un combat.
Espérer que ce respect durera, une fois terminé le bal des hypocrites.

Être Charlie parcequ'on est pour la liberté d'expression, parcequ'on est contre l'attaque faite aux principes de notre pays, parce qu'il n'y a pas de concessions possibles face au terrorisme et aux menaces.
Être Charlie sans forcément être d'accord avec les propos de Charlie Hebdo, même en étant choqué et contre le message delivré, mais être Charlie quand-même parcequ'on doit se battre pour laliberté  d'expression, même si le point de vue exprimé est contraire au notre.
Être Charlie pour défendre les victimes, les dessinateurs, mais aussi les policiers, les clients juifs du supermarché casher. Être Charlie pour défendre d'abord la France.
Être Charlie sans avoir jamais lu ce journal, et sans avoir forcément l'intention de l'acheter un jour. 
Être Charlie et pouvoir continuer à critiquer Charlie Hebdo.

Revoir la définition de "Liberté d'expression", et ne pas tout mélanger, l'insulte, le racisme, la diffamation, la menace, l'incitation à la haine ou l'apologie du terrorisme n'étant pas permis.
Être Charlie et être croyant, catho juif ou musulman, et comprendre que des croyants aient pu être en désaccord avec ce magazine.
Être croyant et avoir de l'auto-dérision, ne pas oublier que toutes les religions ont été attaquées de manière égalitaire par le journal satirique, et que ce sont d'ailleurs les dérives radicales des religions quelles qu'elles soient qui sont moquées par les caricaturistes.
Être croyant et se remettre en question, réfléchir à sa foi, admettre qu'elle ne soit pas admise de la même manière partout, évoluer.
Discuter, s'opposer, se contredire, se défendre, avec des dessins, des mots, des idées, si besoin devant un tribunal, mais pas par Kalachnikov interposées.

Faire une balade dans la nature. Marcher longuement, marcher encore, jusqu à ce que le souffle s'accorde au rythme des pas, que le corps se mette en pilotage automatique, et que l'esprit voyage.
Méditer, faire une séance de yoga.
Surfer.
Prendre un mojito, un thé, un café sur une terrasse en bord de mer.
Embrasser ceux qu'on aime.
Taper dans un ballon, cogner dans un punching-ball, danser pendant des heures, courir pour oublier.

Tendre l'autre joue, non pas en signe de faiblesse ou de masochisme, mais pour sortir du sentimentalisme, essayer de se mettre au dessus de la mêlée, et rompre le cercle vicieux de la violence. Car répondre à la haine par la vengeance, à la terreur par la peur, ne fait qu'ajouter à la désolation.

Accepter l'altérité.

Regarder les mamans, toutes différentes, dans la rue, qui se promènent avec leur poussette.
Remarquer les points communs entre elles, qui font les mêmes gestes, qui ont les mêmes réflexes, universels, de mères. Les voir nourrir leur enfant, le couvrir, savoir que, le soir, musulmanes juives chrétiennes ou athées, pour vérifier que leur enfant respire bien dans son sommeil, elles posent leur main sur sa poitrine. Et que le lendemain, au moment de leur départ pour l'ecole, elles craignent toutes que quelque chose se passe mal, qu'on fasse du mal à leur enfant, qu'elles ne le retrouvent pas le soir dans le même état que le matin. Comme toutes les autres.

Ne pas avoir peur. Regarder les choses bien en face. Vivre avec ce risque, mais vivre quand même.
Car on n'a pas d'autre choix. Faire d'autres bébés. Y croire. 

Respecter la vie, toute les vies, celles qui nous offensent et celles auxquelles on tient, car chaque petite vie est un cadeau, chaque naissance un miracle.

Et pour le reste, comme dit l'autre (Desproges), "vivons heureux en attendant la mort".







lundi 12 janvier 2015

Chanson dans le sang

Photo by "Jr"



 #jesuischarlie 



Il y a de grandes flaques de sang sur le monde

où s'en va-t-il tout ce sang répandu

Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule

drôle de saoulographie alors

si sage... si monotone...

Non la terre ne se saoule pas

la terre ne tourne pas de travers

elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons

la pluie... la neige...

le grêle... le beau temps...

jamais elle n'est ivre

c'est à peine si elle se permet de temps en temps

un malheureux petit volcan

Elle tourne la terre

elle tourne avec ses arbres... ses jardins... ses maisons...

elle tourne avec ses grandes flaques de sang

et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent...

Elle elle s'en fout

la terre

elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler

elle s'en fout

elle tourne

elle n'arrête pas de tourner

et le sang n'arrête pas de couler...

Où s'en va-t-il tout ce sang répandu

le sang des meurtres... le sang des guerres...

le sang de la misère...

et le sang des hommes torturés dans les prisons...

le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman...

et le sang des hommes qui saignent de la tête

dans les cabanons...

et le sang du couvreur

quand le couvreur glisse et tombe du toit

Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots

avec le nouveau-né... avec l'enfant nouveau...

la mère qui crie... l'enfant pleure...

le sang coule... la terre tourne

la terre n'arrête pas de tourner

le sang n'arrête pas de couler

Où s'en va-t-il tout ce sang répandu

le sang des matraqués... des humiliés...

des suicidés... des fusillés... des condamnés...

et le sang de ceux qui meurent comme ça... par accident.

Dans la rue passe un vivant

avec tout son sang dedans

soudain le voilà mort

et tout son sang est dehors

et les autres vivants font disparaître le sang

ils emportent le corps

mais il est têtu le sang

et là où était le mort

beaucoup plus tard tout noir

un peu de sang s'étale encore...

sang coagulé

rouille de la vie rouille des corps

sang caillé comme le lait

comme le lait quand il tourne

quand il tourne comme la terre

comme la terre qui tourne

avec son lait... avec ses vaches...

avec ses vivants... avec ses morts...

la terre qui tourne avec ses arbres... ses vivants... ses maisons...

la terre qui tourne avec les mariages...

les enterrements...

les coquillages...

les régiments...

la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne

avec ses grands ruisseaux de sang.



(Jacques Prévert, Paroles, 1946)

jeudi 8 janvier 2015

Je suis Charlie



J'ai fait ce dessin ce matin, en voyant mes enfants dessiner avant d'aller à l'école. 

Leur sourire au réveil me donne de la force, et en même temps me tord les boyaux.
J'oscille entre l'envie de tout quitter et d'aller m'enfuir au fin fond d'une forêt avec homme et enfants, pour aller cultiver des navets en autarcie et ne plus avoir de connexion internet... Et des envies de combat, de vengeance, de violence, de guerre.

Les scientifiques nous promettent pour bientôt une vie quasi-éternelle, et en même temps nous assistons à un retour au Moyen-Âge.
J'avais espéré, en mettant au monde chacun de mes enfants, qu'ils vivraient dans un pays où on puisse encore se supporter les uns les autres. Hélas la démocratie n'est pas un acquis, mais un combat, la civilisation n'est pas un dû, mais un fragile vernis... L'être humain est toujours sur un fil, à deux doigts de céder à la sauvagerie, qu'il a dans ses gènes.

J'ai peur de m'être trompée...


#jesuischarlie

lundi 5 janvier 2015

Coup de coeur: "La Chair Interdite", de Diane Ducret


Je termine la lecture de La Chair Interdite, de Diane Ducret (éditions Albin Michel).
J'ai trouvé chacune de ses 368 pages passionnément instructives.