lundi 7 mars 2016

"Violette", de Jehanne N'Guyen. Un premier roman sur le deuil et la reconstruction.



J'ai reçu il y a quelques semaines le livre qu'une de mes lectrices a écrit. Son premier roman. Il s'agit de "Violette", de Jehanne Nguyen (aux éditions Quasar)

J'aime lire, j'écris régulièrement des critiques ici, mes lecteurs le savent... je suis donc à chaque fois touchée et ravie que des auteurs m'envoient leur travail.
Après avoir reçu leur livre, je le pose dans ma bibliothèque, bien en vue (je suis assez désordonnée, je lis plusieurs livres à la fois, j'ai une pile-à-lire qui grossit à vue d’œil...) et je me prends à douter: ai-je eu raison d'accepter? Il va falloir que je trouve du temps pour le lire, moi qui ai, comme la plupart des gens je pense, un rapport si instinctif et si inexplicable à la lecture... lire est un acte intime, on ne peut pas forcer quelqu'un à lire... et si je n'aime pas? comment le dire à l'auteur sans le froisser?




Un des premiers livres que j'avais reçus, c'était L'Instinct de Vivre, le magnifique témoignage de Laetitia Lycke, sur le deuil périnatal. Il a été, pour moi, l'occasion de découvrir un sujet méconnu, mais aussi de rencontrer son auteur, avec qui je suis maintenant amie!


J'aime les surprises que peuvent offrir les livres, quand on accepte de se laisser surprendre, quand on lâche-prise et qu'on laisse un livre, qu'on n'a pas choisi, venir à soi... et qu'on s'ouvre assez à lui pour y trouver des similitudes, résonances, des signes en rapport avec notre propre vie.
 Lire un livre, c'est une rencontre entre deux générosités: celle, évidente, de l'auteur, qui, après avoir passé le cap difficile de la création, de la mise à nu par l'écriture, vient ensuite, dans une toute approche, celle de la promotion (qui ne doit pas être la partie la plus fun du job), vous proposer que ce livre entre dans votre vie.
Et la générosité du lecteur, qui décide de consacrer du temps, quelques heures, à ne rien faire d'autre qu'à recevoir le message envoyé, comme une bouteille à la mer, par quelqu'un qu'il ne connait pas, mais qui partage, quelquepart sur cette terre, sa condition humaine, et peut-être donc quelques doutes et questions en commun.

Je ne m'attendais pas à être aussi réceptive à ce livre... je me suis installée, dimanche en fin de journée, sur mon canapé, avec les enfants autour, pour en lire, avec curiosité, les premières pages... et je n'ai pas pu le refermer avant de l'avoir terminé (c'est Jean-Chou qui a couché les enfants, du coup).
Ce roman, qui parle de la perte d'un amour, par une jeune fille qui venait juste d'apprendre qu'elle portait son enfant, est une histoire d'amour, de mort, de deuil, de descente aux enfers et de lente reconstruction.
L'espace de quelques instants, en lisant le titre et la quatrième de couverture, j'ai craint un livre mièvre, bourré de pathos et y allant à fond sur les violons...  d'une auteur inconnue qui plus est, donc impossible à faire rentrer dans une catégorie confortable et rassurante... (quand on achète du Douglas Kennedy, on a du Douglas Kennedy, ce n'est pas bien compliqué!)
Hé bien mes doutes se sont envolés dès la première page.

C'est un livre magnifiquement écrit, d'une écriture brève, sobre et d'une grande profondeur. Écrit à la première personne, il retrace les différentes phases du deuil. C'est un chant, un hymne à l'amour et à la vie... qui m'a fait pleurer pendant les 3/4 de la lecture (je ne m'y attendais pas... il m'arrive parfois d'avoir la larmichette facile devant un film ou en lisant un petit paragraphe... mais j'ai rarement sangloté comme ça).
Ce livre m'a profondément remuée, puisqu'il entre avec justesse et précision dans les affres existentielles par lesquelles on passe tous plus ou moins, déjà touchés, ou pas encore, par l'inévitable drame, le deuil. La colère, les questions, "Dieu ne peut pas exister, puisqu'il m'a enlevé mon amour", le besoin d'aller retrouver la personne morte, plutôt que l'envie de continuer à vivre... le besoin de chercher un sens à tout cela. De comprendre comment continuer sur ce chemin, pour quoi et dans quel but.

Ce livre parle d'amour, de maternité, de littérature, de descente aux enfers, et il m'a remuée, notamment parcequ'il aborde des thèmes chers à mon coeur en ce moment; la question de l'existence de Dieu.
Ce roman n'est pas un livre spirituel, mais c'est aussi, en plus d'un roman d'amour magnifique, un témoignage chrétien éblouissant, qui impose le respect et l'admiration.
Je venais de refermer "Anna Karenine" de Tolstoï, laissant avec tendresse ses personnages derrière moi, comme celui de Lévine, et ses questions métaphysiques étonnamment proches des miennes... et je suis retombée, avec ce livre, exactement sur le même chemin.


la description du deuil, de la souffrance de Violette, m'a parue si réaliste et crue que j'ai tout de suite pensé à une auto-biographie, une auto-fiction, un témoignage...  Mais en fait non: l'auteur a 34 ans (comme moi), est mariée, a cinq enfants et est médecin généraliste, spécialisée en psychiatrie (wouaouh! tout ça! et écrivain, en plus!). Cette histoire est une pure fiction... sortant de l'imagination d'un auteur que j'imagine, à travers son livre et en en apprenant un peu plus sur elle, doté d'une grande sensibilité, d'une expérience de la vie très riche.


Aujourd'hui, je voudrais la remercier pour ce cadeau.... cela faisait longtemps qu'un livre n'avait pas résonné aussi facilement et profondément en moi.


Et vous, lecteurs, faites-moi confiance... achetez ce livre les yeux fermés!



à lire: une interview de Jehanne Nguyen dans Ouest France...
et une autre sur le blog arskandeliked, très intéressante, sur son processus d'écriture.





(dans un prochain billet, je parlerai d'un autre livre que j'ai reçu et dévoré, sur un sujet fort et qui, lui aussi, bizarrement, n'est pas sans rapport avec ma vie personnelle)

3 commentaires:

  1. La promotion n'est pas un moment si désagréable quand elle permet de faire de belles rencontres (même si elles restent virtuelles)! N'étant pas Delphine de Vigan, on ne me propose pas de sillonner la France pour dédicacer des milliers de livres. Tout est beaucoup plus confidentiel, donc intime, et cela me plait.
    Je ne peux que vous remercier infiniment, Marine, pour ce billet fantastique sur Violette. J'espère, bien sûr, qu'elle continuera sa route parmi vos lectrices et amies, mais même si cette lecture restait de vous à moi, quel bonheur d'avoir pu toucher votre coeur profond!
    Merci aussi pour ce blog que je lis régulièrement avec beaucoup de plaisir (pourtant, je ne suis pas du tout une adepte de la blogosphère; je ne suis même pas sur facebook!)

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  2. Tout cela me fait réfléchir à la probable nécessité de faire un effort au niveau des réseaux sociaux… La promo des auteurs inconnus semble passer aussi par là… Vous voir si à l'aise dans ce domaine me fait me demander, pourquoi pas moi? Je crois qu'il est temps de m'inscrire dans cette réalité!

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    1. Merci à toi Jehanne!
      Oui en effet les réseaux sociaux sont un vrai soutien à la "vente" aujourd'hui, c'est incontournable... Il y a de tout, de la super qualité et du contenu moins intéressant... À toi d'y laisser ton empreinte, à ta façon! Et c'est aussi le moyen de faire des rencontres intéressantes, en lien avec son activité. Je te conseille d'ouvrir ta "page", ce sera un espace à l'image de ton livre, qui te permettra de faire vivre le livre et de le faire connaître!

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