vendredi 22 avril 2016

Pourquoi je n'ai pas aimé le livre "Sexpowerment" de Camille Emmanuelle





Pour tout vous dire, l'apparence de la couverture a failli vraiment me rebuter...
mais en lisant les critiques unanimement élogieuses de certains titres de la presse féminine et parisiano-hype en général, je me suis laissée tenter (faible femme!)


(le passage de Camille Emmanuelle aux Maternelles -cliquer ici- est un petit extrait de sa pensée, j'ai trouvé qu'elle s'y exprimait bien et que ça augurait des questions intéressantes.)






Je m'y suis intéressée car, comme elle l'évoque, je me sens féministe mais ai du mal à trouver ma place dans la parole des associations féministes officielles.

J'aime lire tout un tas de choses, notamment des réflexions au sujet du féminisme, des femmes, du corps, de la sexualité (voir ici ma rubrique bouquins)

Le sujet de la prise de pouvoir sur son corps, sa féminité et son plaisir me paraissent très importants, et l'éducation des femmes en la matière me paraît malheureusement bien médiocre (non, nous ne sommes pas des êtres purement intellectuels et évanescents, ni des objets passifs destinés à attendre, alanguies d'ennui sur des draps en satin en lisant "cinquante nuances de machins gnangnan", le Prince charmant, et oui, pour être épanouies, le corps, le désir et le plaisir sont des terrains sur lesquels nous devons être décisionnaires et actives).
Avant de "rééduquer" son périnée, il faudrait déjà l'avoir éduqué... Voici la réflexion que de nombreuses femmes se font après avoir eu un bébé... C'est un peu triste, même si mieux vaut tard que jamais!


J'aimerais pouvoir élever mes filles, et mon fils, de manière réfléchie et éclairée sur tout plein de sujets, notamment celui de la sexualité. Montrer un chemin à mes filles, réussir, sans être intrusive, à faire passer le message qu'une sexualité positive, joyeuse, où elles se sentent libres et épanouies, est possible. Vaste projet!

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J'ai donc commencé à lire le livre.

Bon. Et voilà mon avis.

Je m'attendais à un souffle d'audace et de liberté sexuelle, quelque chose de nouveau et de revigorant intellectuellement... Je me suis surtout retrouvée à lire des lieux communs sur la religion catholique, un éloge du porno qui m'a laissée plus que pantoise, des références culturelles que je ne qualifierais pas de populaires mais de carrément vulgaires (Madonna ou Miley Cyrus, Kim Kardashian ou la fille de Bruce Willis comme représentantes de la sexytude et de la libération de le femme, franchement...), un style d'écriture très proche des tests des magazines féminins, la grossièreté en plus... 








Une manière d'exprimer des fantasmes et des anecdotes plus proche de l'étalage ("qui en parle le plus...") que de la réelle authenticité (en toute subjectivité bien sur).
Dès le début de la lecture, je vous l'avoue... j'ai été choquée par la forme (ce langage parlé, plus que vulgaire... est-ce vraiment obligatoire, quand on parle de sexe?), et perplexe devant le fond... le message m'a semblé, dès le départ, assez creux, vide... la liberté pour la liberté, OK, et donc? 





Ce livre m'a semblé, dès le départ, faire l'éloge du cul dans tout son aspect "petit": misérable, solitaire et consumériste... complètement déconnecté, des sentiments certes (mais nous vivons dans une époque moderne, qui ne s'est pas tapé son jardinier ou le directeur de la crèche un matin de beuverie et de désœuvrement?), mais de l'humain en général.


J'ai été bien embêtée, car je me considère pourtant comme assez "open" sur la question... je ne suis pas entourée que d'hétérosexuels, de couples mariés depuis l'âge de 18 ans ou de vierges effarouchées.
Je considère, vraiment, qu'on peut vivre une vie (et donc une vie sexuelle) de bien des façons, qu'elle soit basée sur le couple uni et fidèle, ou qu'elle soit plus fantaisiste, qu'elle soit exclusive ou non, franchement, peu me chaud... ce qui importe est bien que chaque personne y trouve son compte et son bonheur... se trouve sa ligne de conduite, ne fasse pas subir son comportement à l'autre en face, et assume.

J'ai été embêtée, donc, car ce livre m'a clairement donné l'impression qu'on ne peut pas parler de sexe sans être vulgaire ( voire franchement beauf), mal éduqué. Ce côté "bas-fonds" m'a gênée... l'auteur revendique régulièrement son côté "snob" pour se justifier de ne pas tout aimer... on va dire que je partage certainement ce trait de personnalité avec elle...  Je suis assez rebutée par cette esthétique "burlesque-latex-tatouages-salon de l'érotisme au marché U de Cergy-Pontoise".
Sans y aller à mon tour de mes anecdotes personnelles, je fais partie de celles qui, contrairement à ce qu'aime l'auteur, sont esthétiquement attirées par le naturel, le chic un peu discret, un peu éduqué... sans considérer qu'un look BCBG soit une entrave au plaisir ou au sexe réussi (sic!). L'auteur prétend lutter contre les dichotomies... elle en fait pourtant pas mal niveau caricatures!
Dès le départ j'ai donc eu du mal à me sentir concernée par tout ce folklore très "sex-shop près de la gare", assez "ongles cracra sous le vernis", qui est pour moi quelque chose d'antinomique avec ma définition du sexy, et va à l'encontre de mes idées en terme d'éducation sexuelle.


Mes enfants, une fois adultes, mèneront leur vie sexuelle comme ils l'entendront... mais en tant que jeune maman je ne peux pas concevoir de leur expliquer, dès la jeune adolescence, qu'on peut commencer sa vie sexuelle de la manière la plus créative et fofolle qui soit. Je serai, je crois, diablement conventionnelle et pisse-froid en expliquant à mes filles de faire attention, de ne pas se faire mener en bateau par le premier garçon venu, de ne pas "coucher" avec n'importe qui... leur dire qu'elles seront dignes de respect, et les encourager, donc, à se faire respecter et à se respecter en commençant par s'assurer d'avoir en face d'elles un garçon bien et, si possible, doté de sentiments pour elles, est-ce réac? Peut-être le suis-je... en lisant ce livre, je le découvre, en tous cas.
La société est comme elle est, et plutôt que de vouloir faire croire à mes filles qu'elles seront les maitresses du monde en toutes situations, c'est peut-être malheureux mais je les inciterai à faire "attention". Tout en ne fermant pas les yeux, en étant là pour elles sur leurs besoins en terme de contraception et conseils.
Pour l'éducation de mon fils, ce sera, dans l'idéal, à peu près la même chose.











Je pense vraiment qu'on peut aller un peu plus loin spirituellement, culturellement, littérairement, techniquement et intellectuellement.
"entre adultes consentants on peut faire ce qu'on veut, point barre..." Mais où est la réflexion? La prise en compte de la réalité, des rapports de domination dans le monde, dans les couples, sur ce point précis de la sexualité? Même si la question du genre est intéressante, où est la prise en compte de la différence entre les femmes et les hommes? De l'impact sur la jeunesse? précisément sur le sujet du sexe. 
Que l'auteur défende avec verve l'intérêt hautement culturel du twerk, l'importance des fesses de Miley Cyrus comme exemple pour les jeunes filles, la pertinence de l'éducation sexuelle dès 8 ans dans les pays scandinaves, ou le sérieux absolu de la presse people en tant que source de différentes de ses citations, soit. Mais qu'elle avance ensuite que le porno ne fait de mal à personne, et encore moins de dégâts sur les jeunes, que l'hypersexualisation des jeunes filles est un fantasme d'adultes coincés et le fruit de l'invention de bigots...les bras m'en sont tombés plusieurs fois.

Quand Camille Emmanuelle prétend, par le récit de ses anecdotes, faire "gagner du temps" aux jeunes en leur permettant de bénéficier de son expérience en terme de "mauvaises expériences", je trouve l'idée aussi incongrue qu'égocentrée.
Laissons les ados évoluer à leur rythme (vraiment, je vous en supplie), c'est un pur fantasme que d'imaginer pouvoir permettre aux jeunes de 17 ans d'avoir une sexualité à son paroxysme, d'une qualité merveilleuse et toujours couronnée de succès en terme de performance. La vie doit faire son œuvre.





j'aurais espéré de ce livre un propos qui "élève", au sens propre du terme, l'Homme plutôt qu'il ne le maintient dans une soupe mainstream et indigente, basée sur le consumérisme de sexe, sur des références flemmardes, qu'on ne va pas chercher bien loin puisqu'elles nous arrivent directement grâce aux réseaux sociaux et à la presse people.


(C'est mon côté dame patronnesse, bourgeoise coincée et snob, là encore, certainement...)




Le sexe est un art, un sujet passionnant tout au long de la vie, un moyen de connexion, avec l'autre et avec soi, hyper puissant... Pourquoi le rabaisser au rang de burger vite avalé au fast-food du coin?
Le sexe, pour moi, c'est un peu comme le yoga, ça ne se limite pas à un enchaînement de postures compliquées, m'as-tu vu et extraordinaires... c'est un chemin.
J'ajoute que les anecdotes personnelles trop nombreuses m'ont vraiment empêchée de m'identifier à l'auteur (ses poils, ses -trop petits- seins, ses -grosses- fesses, ses coups d'un soir, tout y passe)... Et m'ont plus fait penser à "confessions intimes" qu'à un réel essai littéraire approfondi.
Le sexe triste, en somme...



A ce stade de mon billet, je dois vous avouer quelque chose, qui m'arrive rarement: je n'ai pas pu continuer la lecture du livre. J'ai poussé, mais vraiment, vers la centième page je me suis dit que ce ne serait vraiment pas possible.

Ce n'est pas tant le fond qui m'a posé problème (un livre sur le sexe, en plus, a toujours ce petit côté émoustillant et racoleur qui facilite la lecture...), mais la pauvreté de l'écriture, et ce langage parlé (ayé, giga-chiant, trop cool, putain de vie...) vraiment fatigant. Sans oublier les phrases "médaille du meilleur poncif 2016" commençant par exemple par "dans la société judéo-chretienne..." 
Mettre des gants en latex pour enfiler des perles et enfoncer des portes ouvertes, en somme... ah elle est belle la révolution!





Bref, je m'en suis un peu voulue de m'être fait avoir par les articles trop élogieux pour être honnêtes du petit réseau de journalistes parisiens qui s'est occupé du plan comm' du livre (je suis extrêmement agacée par l'incapacité de la majorité des journalistes à faire des chroniques sincères, tout englués qu'ils sont dans leur microcosme)
J'ai été déçue, aussi, car j'attendais beaucoup de Camille Emmanuelle, que j'ai découverte après les terribles attentats de Charlie Hebdo: J'ai lu l'année dernière "Catharsis" de son mari Luz, et j'avais trouvé cette BD magnifique de subtilité et d'amour.


Mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas... et un peu comme pour le sexe, j'ai préféré m'arrêter là plutôt que me forcer à une pratique qui ne me procurait aucune satisfaction (je suis une femme libre, apparemment).
Et puis c'est aussi un moyen de faire durer le mystère... de pouvoir continuer à croire que le style s'améliore au fil des pages, et que le propos devient peut-être plus intéressant, plus réfléchi!
Ma déception réside dans cette question: ne suis-je pas le bon public? la bonne cible? d'habitude j'adore lire des avis différents des miens...


 Ce livre a provoqué chez moi de l'incompréhension, aussi...
J'ai lu de la littérature érotique, Françoise Rey notamment, que l'auteur cite... je ne suis pas spécialement fan de ce style littéraire (je trouve que rien n'est plus émoustillant que des scènes érotiques écrites par des écrivains de talent dans des livres "généralistes") mais j'avais apprécié ces livres.
J'avais lu (et écrit une critique à lire ici) "king Kong théorie" de Virignie Despentes, et, même si je n'étais pas d'accord avec tout dans le fond, j'avais adoré ce livre, le ton, le fond rock'n'roll que j'avais trouvé, pour le coup, hyper authentique, viscéral, animal, non "mis en scène"... mais aussi l'argumentaire, puissant et implacable, développé par l'écrivain, la profondeur de son analyse, la part intellectuelle passionnante du propos, comme un coup de poing, et enfin, son style littéraire de grande qualité.
  
La lecture de "Sexpowerment" m'a, au contraire, vraiment laissé un gout amer... car ce que propose Camille Emmanuelle comme éléments définissant, selon elle, la "libération sexuelle" (coups d'un soir, -souvent bourrée d'ailleurs, précise-t-elle- enchainement de relations sans lendemain avec n'importe qui, promotion de la liberté pour la liberté, comme celle de se droguer, de provoquer, de choquer pour le principe, importance extrême donnée à la pornographie -relevant, selon moi, de l'obsession-, accessoires en tous genre...) correspondent en tous points, selon moi, à la définition de ce qui constitue précisément la misère sexuelle, l'aliénation pure et simple, l'anti-libération sexuelle (allez-y, jetez-moi des concombres vaselinés à la figure, je ne suis rien qu'une pauvre cul-serré).
Elle commence le livre en proposant de s'affranchir des diktats quels qu'ils soient (bravo!), mais je n'ai pas trouvé de cohérence avec ce vœu-"pieu" (ahah!) de départ au fil de ma lecture. 

 Je m'interroge aussi, quand je lis un tel livre, sur le "féminisme"... si ces "idées" sont féministes, alors, encore une fois, je ne le suis pas? Ah...
Enfin, je me pose aussi la question de l'importance extrême et démesurée (là encore, c'est très subjectif, et j'en suis consciente), que l'auteur donne au sexe dans sa vie. 
Elle le dit elle-même au début du livre, elle est privilégiée et fait partie d'un milieu socialement éduqué et ouvert. Son métier lui fait se confronter à ces questions plus souvent que moi, simple mère de trois enfants, mariée, dans sa province, c'est évident. Mais quel genre de personne qui a une vie relativement occupée peut/veut réellement passer le plus clair de son temps à sortir dans les boites échangistes, ramener un plan cul chaque soir à la maison, le reste du temps se gaver de pornographie sur internet?

La vie n'est pas, pour tout le monde, centrée uniquement sur le plaisir sexuel...  Il est certes important, mais il me semble compliqué de pouvoir s'identifier à ce livre quand on a d'autres centres d'intérêts, culturels, intellectuels, sportifs... que seulement celui de la "bonne baise"...
Cette obsession m'évoque plus une "dépendance" qu'un réel choix de vie positif. 

Enfin, la vie (d'une femme, mais aussi d'un homme), ne peut pas être axée uniquement autour du sujet de la séduction, du désir et de l'orgasme à tous les coups. Pour certains, c'est peut-être le cas, mais je considère que la vie est faite de cycles, de maladies, de coups de mou, de grossesses, de vieillissement... autant d'épreuves qui peuvent aussi être des occasions de souder le couple et de se retrouver sexuellement en évoluant sans-cesse... mais qui apportent une certaine "maturité".
Maturité que je ne retrouve pas dans le livre... dont le propos me parait, en fait, assez puéril, très "ado attardé"... dénué du moindre recul sur la vie.
Je ne dis pas ça en donneuse de leçons, vraiment (je n'ai d'ailleurs aucune certitude en la matière!)... j'exprime mon simple ressenti personnel, ma frustration devant une telle "philosophie" (sic) de vie qui va exactement à l'encontre de ma façon de voir la vie.


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Alors pour compenser  mon manque de sérieux intellectuel (ça ne m'arrive pratiquement jamais, de ne pas lire un livre jusqu'au bout, même quand je ne l'aime pas!), je vais vous proposer une chose:
si parmi vous quelqu'un veut lire ce livre, je me ferai une joie de le lui envoyer par la Poste (il n'a qu'à me laisser un commentaire). En échange, j'aimerais bien, en retour, qu'il publie sur son blog la suite de ma critique... peut-être pour contrebalancer mon propos, ou pour le confirmer... peu importe!



Voilà... toutes mes excuses pour cette critique incomplète, mais sincère!
En attentant, je vais faire une petite pause... sexuellement ce livre m'a complètement coupé l'appétit!
(mais ça, je l'ai déjà dit plus haut, ça doit être forcément du à mon côté petite bourgeoise de province étriquée)
Et bonne lecture aux curieux! (et sortez couverts)


 (On me conseille dans l'oreillette le livre et le blog de la sexologue Thérèse Hargot, "une jeunesse sexuellement libérée -ou presque-" qui ferait, parait-il, un parfait contrepied à la thèse de "Sexpowerment". Je prends note.
Une journaliste à la mode sait certainement comment "devrait" être la sexualité pour être "branchouille" et coller à la société... les professionnels de l'adolescence, psy et autres spécialistes engagés sur le terrain, qui tirent la sonnette d'alarme régulièrement, savent peut-être un peu mieux quels impacts ce genre de discours dénué de quelconques valeurs peut avoir sur les jeunes et leur conception de la sexualité.

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 Edit (le 6 juillet 2016)
j'ai lu le livre de Thérèse Hargot, voici ma critique ici
 

6 commentaires:

  1. Une lectrice vient de réserver le livre.
    Je vais le lui envoyer et vous lirez sa critique prochainement!

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  2. "Mais quel genre de personne qui a une vie relativement occupée peut/veut réellement passer le plus clair de son temps à sortir dans les boites échangistes, ramener un plan cul chaque soir à la maison, le reste du temps se gaver de pornographie sur internet?"
    Wow, c'est fou comme ces phrases qui commencent par "mais quel genre de personne" sont systématiquement à vomir. La vôtre n'échappe pas à la règle :)
    Au delà de ça, si vous vous questionnez sur les courants de féminisme desquels vous pourriez vous approcher, il semblerait que vous soyez très, très loin du féminisme pro-sexe.

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    1. Oui, clairement, je ne suis pas la bonne cible.
      Ce livre promu notamment auprès du lectorat féminin (grand-public donc) convaincra peut être certaines d'entre elles.

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    2. Quant au fait que ma phrase soit "à vomir", vous y voyez peut être de ma part une attaque personnelle et je le regrette... J'ai veillé à rester sur le plan des idées, sans combattre aucunement la personne en elle-même mais simplement ses propos, puisqu évidemment que chaque personne vive sa sexualité comme elle l'entende ne me pose pas de problème dans ma vie personnelle.

      Mais puisqu'on y est' des amalgames et des jugements à l'emporte pièce sur des groupes de personnes, j'en ai lu plus que de raison dans ce livre et ca a certainement joué dans mon agacement.
      Je pense notamment au garçon dont l'auteur parle, avec qui elle était sortie, ado... Et qu elle traite de "sale bourge" tout simplement parce qu'il ne la désirait pas... Ou des cathos comme un ensemble de personnes coincées et bornées.

      Ce côté "lutte des classes" m'a vraiment interpelée puisque, selon moi, la capacité à avoir une vie sexuelle épanouie et à prendre son pied n'a aucun, mais alors aucun rapport avec l'appartenance à un groupe, quel qu'il soit. Pauvre, riche, croyant, athée, parisien, provincial, de gauche ou de droite, hype ou plouc... Il y a des mal baisées partout, je crois (malheureusement) 😅
      Ce positionnement, disons, un peu politisé neml'a donc pas convaincue.

      Enfin, pour ce qui est du féminisme "pro-sexe", j'avoue ne pas y connaître grand-chose... Mais le terme m'avait plus, au premier abord, et donc attirée.
      En fait de sexe joyeux, c'est un sexe triste, selon moi, qui est promu: basé sur la consommation (industrie du porno, accessoires, vêtements...), et d'une certaine manière la consommation (considérer que les prostitués dans leur grande majorité font ce travail en toute liberté et par choix, par exemple, ou prétendre que la gestation pour autrui est un progrès et une libération pour les bénéficiaires sans regarder en face les conséquences éventuellement néfastes d'un tel système, sur les mères porteuses ou les enfants conçus ainsi, par exemple...)

      J'ai clairement compris en lisant ce livre que je ne serai pas attirée par le mouvement des "féministes pro-sexe"... (Est-ce que cette appellation considère que les autres féministes sont "anti-sexe"? Rien n'est moins sur... )

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    3. Enfin, je pense que la limite de ce genre de livre donnant des "conseils" sur la sexualité (un peu comme les rubriques Sexo des magazines), pour celui-ci comme les autres, c'est que la sexualité, contrairement à la cuisine ou à l'informatique, ne peut pas réellement s'apprendre en lisant les retours d'expérience des autres, en lisant leurs propres anecdotes personnelles...
      Ça fait partie des apprentissages intimes, ultra-personnels, de ces choses qui s'apprennent sur le tas, avec la pratique et l'expérience... Avec une alchimie de couple, aussi... Sans que la sexualité des uns puisse réellement ressembler à la sexualité des autres. Je trouve ça super d'essayer de théoriser ça... Mais en pratique on voit que ca reste complexe à réaliser.

      Enfin, ce livre précisément s'ouvrait sur le principe prometteur de "à bas les diktats"... Et finalement, inconsciemment, il en édicte de nouveaux. C'est simplement mon petit avis, tout à fait subjectif... J'ai bien compris que la plupart des lecteurs du livre qui en ont fait une critique positive n'avaient pas eu le même ressenti 😉


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    4. Merci, un immense MERCI pour votre critique. D'une intelligence et d'une subtilité rare, et documenté : les petites photos de certains passages du livre illustrent vraiment bien vos arguments (et qui me donne envie de me jeter sur votre blog, de tout explorer !).
      Votre chronique, dont je partage l'esprit (moi aussi, serais-je une cul-pincée ? une anti-féministe, ou alors une féministe mais pas "pro-sexe", moi qui pourtant suis bénévole au Planning Familial depuis plus de trois ans ?), confirme les impressions ressenties simplement en feuilletant le livre, dans un rayon de la FNAC. Lisant ainsi quelques pages au hasard, alors que je pensais vraiment l'acheter, je n'ai eu qu'envie de le refermer bien vite, et de laisser cette lecture à d'autres, surement plus "hype", "punk" ou je ne sais quoi, que moi. J'ai ressenti exactement tout ce que vous décrivez : livre prétentieux, qui prétend "abolir les diktats" mais impose ceux d'une consommation de sexe "branchée", etc, et puis une vulgarité crasse...
      Mais voilà ce qui m'interroge, et dont vous faites l'écho dans votre billet : que d'éloges ai-je lu au sujet de ce livre, sur des sites, dans des magazine, un unanimisme absolu ! J'ai notamment en tête un article de magazine sans AUCUNE nuance : ce livre est la nouvelle Bible, Alléluia...
      Vous dites que Camille Emmanuelle doit avoir une bonne équipe d'attachés de presse qui ont du "faire leur travail" pour décrocher des papiers élogieux... en effet !
      Et vraiment, quel ras le bol de tous ces papiers qu'on nous fait passer pour des articles, des chroniques sur les livres, et qui s'apparentent à des pages "publi-conso" ... j'en ai vraiment plus qu'assez.

      Merci en tout cas pour votre réjouissante chronique ! A nouveau !

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