vendredi 27 mai 2016

"Marie-toi et sois-soumise" et "Epouse-là et meurs pour elle" de Costanza Miriano





 Bon. Fidèle à mon honnêteté intellectuelle (vous connaissez mon intégrité hors du commun!), j'ai prolongé la lecture de "Marie-toi et sois-soumise" par le tome 2, "épouse- là et meurs pour elle" (Costanza Miriano).

Ce billet est donc la suite de celui-ci, dans lequel j'écrivais mes réflexion avant lecture.

Ce livre est effectivement "affreux", car au lieu de décrire des vies de couples aseptisées et politiquement correctes "Najat Vallaud Belkacem approved", un partage des tâches parfait et purement mathématique, des mamans parfaitement à l'aise dans leur carrière ET dans la maternité, et des papas qui prennent le congé parental... Il parle de la réalité.

Il y a ce qu'on voudrait donner comme image... Et il y a nos discussions avec nos copines (plus sincères et réalistes, donc). Ce livre a cette sincérité-là.

Dans ce livre il y a des propos avec lesquels je ne suis pas d'accord, d'autres visions (plus nombreuses) de la vie de couple que j'approuve.





L'auteur a un côté "à l'ancienne" assumé, qui peut paraitre comme la pire des audaces aujourd'hui.
Pourtant, même si je me prétends parfois bien au dessus avec mes grands principes progressistes, avec un peu d'honnêteté je ne peux que constater que, dans ma vie de couple, comme dans la vie de couple de pas mal de gens autour de moi, il y a plein de choses qui fonctionnent de manière traditionnelle... Parce qu'il y a aussi beaucoup d'avantages.
Je revendique aussi certaines valeurs éducatives, vues comme "réac" par certains.



Alors certes, dans la forme, Costanza Miriano peut agacer: elle utilise beaucoup l'humour, par modestie j'imagine, et pour montrer au lecteur qu'elle est une femme normale, qui galère au quotidien comme nous toutes... ce ton est, à mon sens, justifié.... Même si on peut lui reprocher d'en faire peut-être un peu trop dans l'auto-dérision, pour se montrer "pas meilleure que nous". 
Elle a un côté hyper-actif qui s'exprime très bien dans son écriture, une écriture qui va droit au but, tout en ouvrant des tiroirs, utilisant moult anecdotes, usant de l'absurde et de l'humour de situation, alla romana, quoi!
N'oublions pas qu'elle est italienne... quand on la lit on l'imagine parler très bien (et un peu fort) avec les mains, tirée à quatre épingles, et coincée dans les embouteillages (pardon pour le cliché).




L'auteur a une manière d'asséner ses points de vue de manière très franche, très directe... parfois assez péremptoire... par quelqu'un qui ne serait pas très en phase avec sa vision (comme l"horrible" bobo - bio - vegan - parent sur le tard - fan du co-sleeping - à fond sur la déco scandinave - qui claque un max en accessoires de puériculture et en jouets en bois déco compatibles - qui a peur de s'engager - et élève son enfant unique comme un roi) elle pourrait tout à fait être vue comme la rombière insupportable qui se mêle de ce qui ne la regarde pas, et, du haut de sa réussite familiale, nous gratifie de ses leçons de vie comme une institutrice des années 50.


L'auteur dit clairement des choses considérées comme proscrites aujourd'hui, comme le fait que les gens ne devraient pas tant tarder à s'engager et à faire des enfants, que les femmes qui ont privilégié leur carrière et n'ont pas eu d'enfant (ou pas autant qu'elles auraient voulu) le regrettent amèrement toute leur vie, que les hommes devraient être plus courageux et s'engager plus... ces choses, je ne me permettrais pas de les balancer aussi franchement, car, d'une, je suis française (humour), et de deux je suis persuadée que des femmes peuvent s'épanouir ailleurs que dans la maternité, et que, de toutes façons, chacun sa vie... mais au fond, et simplement à mon niveau personnel, je suis d'accord avec elle. 
Et n'oublions pas, encore une fois, que l'auteur est italienne, et que l'Italie est ravagée par le taux très bas de natalité, le taux de chômage chez les jeunes, qui vivent encore chez leurs parents jusque très tard... (sans parler des divorces, dont la première cause est... la belle-mère!). Ses propos sont, il me semble, éclairés par ce contexte bien particulier (ma belle-famille est italienne, et je vis à la frontière italienne, je suis fan de ce pays, et je connais donc quelques uns de ses ressortissants).

Elle va parfois, selon moi, trop loin dans sa séparation des tâches selon les sexes... elle a une vision un peu réac de ce que devrait faire un homme, et de ce que devrait faire une femme (je vois plus le couple comme une équipe dans laquelle chacun devrait pouvoir répartir les tâches à sa façon et selon ses affinités)...

Elle a un point de vue chrétien sur la famille, ce qui implique une "réticence" (huhu) par rapport au mariage homo, à l'avortement... réticences que je ne partage pas, mais que je comprends aussi parfaitement (c'est mon côté schizo et faible de caractère, je suis pour le mariage homo, pour l'avortement... mais je conçois aussi très bien les arguments de ceux qui y sont opposés, ou qui voudraient y apporter un peu de nuances, et je ne veux pas classer ces gens, comme la société le voudrait, dans la catégorie manichéenne des affreux fachos-réacs-homophobes, car je trouve ces sujets complexes, car touchant à l'humain, et bien plus subtils que ce qu'on voudrait nous faire croire, et que je fréquente, apprécie et comprends des gens de ces deux milieux) 

Finalement, ce sont des divergences qui pourraient bloquer idéologiquement, passer pour rédhibitoires... mais qui portent, selon moi, sur des détails (oui, vraiment), car au bout du compte, je suis d'accord avec son idée selon laquelle l'homme et la femme sont différents et se complètent... J'approuve sa vision du couple "au long cours", contraire au consumérisme hédoniste et au zapping sentimental que promeut la société occidentale aujourd'hui, son idée de l'engagement, l'importance qu'elle donne au couple, qui doit toujours se privilégier face à la vie de famille, la place qu'elle donne aux grands-parents, son encouragement à se faire aider, à déléguer, sa détestation de l'enfant éduqué comme un roi (L'Italie, l'Italie, n'oublions pas...), ses réflexions sur le monde du travail, sur la flexibilité qu'il faudrait améliorer pour les mères...

Sa vision du mariage est chrétienne, mais même athée, ou d'une autre religion, il me semble qu'on peut être d'accord avec le bon-sens de sa vision (je pense aussi à ses réflexions sur la contraception, merveilleux droit qui nous a offert la liberté, mais qui peut avoir tendance, à l'excès, à déposséder les femmes de la connaissance et donc de la maitrise de leur corps -je sais que ça peut paraitre paradoxal mais c'est mon opinion aussi-, nous berce dans l'illusion que nous pouvons décider de tomber enceinte quand on le veut et nous prend parfois à notre propre piège, nous fait perdre du temps et nous enlève, d'une certaine manière, la responsabilité de l'accueil de la vie... à son point de vue sur la dureté de la société face aux parents qui ont fait le "choix" de garder un enfant trisomique -car de nos jours tout est CHOIX, nous devons tout assumer, et c'est quelque chose qui génère pas mal d'angoisses-)

J'aime aussi sa vision qui remet l'humain à sa juste place, c'est à dire pas tout-puissant. Elle place Dieu au dessus de tout... un athée peut placer autre chose, mais adhérer tout de même: Nous ne pouvons tout contrôler, nous n'avons pas un total libre-arbitre, nous sommes sur terre pour une raison qui nous dépasse (pas seulement pour "faire carrière", bien s'amuser le samedi soir, penser à ses prochaines vacances, mais, peut-être, pour transmettre quelque chose à notre tour), nous sommes un maillon de la chaine. C'est une vision qui peut avoir des effets bénéfiques: ça soulage de réaliser qu'on a moins d'importance que ce que l'on veut bien croire. Que la vie n'est "que" la vie.


Finalement, ses propos pourraient passer pour anti-féministes pour certains (par ceux qui considèrent qu''hommes et femmes sont identiques et interchangeables)... alors que je vois un autre féminisme dans ses propos, ce genre de féminisme qui me séduit, car il prend en compte les spécificités des femmes par rapport aux hommes, par rapport au monde du travail notamment (pensé par et pour les hommes), vision qui me parait salutaire et aboutissant à un vrai respect, des femmes comme des hommes (car je fais partie de ces femmes qui n'ont aucune envie d'être poussées à vivre comme les hommes,  qui aiment -oui, AIMENT- faire des enfants, s'en occuper, être disponibles pour la famille et consacrer du temps à leurs enfants et à leur mari, qui n'ont pas particulièrement pour rêve que l'on force les hommes à prendre une partie du congé parental, qui ne se sentent pas dominées dans leur couple, et qui aiment leur vie de femme, avec tout le package d'inconvénients associés, et malgré les difficultés que notre sexe nous pose)


Il se trouve donc que, derrière cet aspect un peu "entier", un peu "brut de décoffrage" (qui est nécessaire en même temps, quitte à écrire un essai, autant y aller franchement pour donner son opinion), dans le fond, je me suis très souvent retrouvée dans ses analyses.


Ce livre est certainement poil-à-gratter, mais il a le mérite de faire réfléchir sur le fonctionnement de son propre couple. Au fil de ma lecture, je me suis pas mal comparée...

Il doit être lu pour ce qu'il est: une série de conseils d'amie à amie, de mère à fille... Dans la lignée de ce qui existait autrefois dans les familles, quand il y avait une transmission générationelle entre femmes.
Avec des conseils à prendre, et d'autres à laisser (parce qu'on est libre, si si, et qu'on a toutes envie parfois de soupirer en entendant la vieille tante nous donner son point de vue sur ce que devrait être notre mariage)

Compte tenu du titre provocateur du tome 1, c'est évidemment un livre qui ne peut pas être interprété agréablement par des femmes réellement soumises, mariées avec des hommes qui n'en foutent pas une rame à la maison, dans une situation de couple vécu non comme une équipe mais comme un lieu de domination de l'homme sur la femme. 

Il y est bien évidemment question de soumission, mais volontaire... dans le sens d'une soumission pour le bien de l'autre, donc du couple, donc de la famille, et par cercle vertueux, de soi-même. Une soumission volontaire, partagée ET réciproque, qui est une vision du couple qui me parait à la fois belle et pragmatique. C'est philosophiquement quelque chose de passionnant, de faire le choix de s'engager avec quelqu'un, pour affronter la vie ensemble.




Pour conclure, il est évident que c'est un livre éminemment subjectif, qui ne peut pas être parfaitement fédérateur.

Il se trouve que, un peu par hasard, un peu par héritage, un peu par imitation, un peu par libre-arbitre, un peu par amour, un peu par inconscient, un peu pour plein de raisons -supérieures?- qui me dépassent... j'ai une vie ressemblant assez à celle de l'auteur. 
Il est donc facile pour moi de m'identifier à elle (même si je trouve que l'auteur a un vrai talent pour décrire la vie des femmes et des mères aujourd'hui, et que je suis certaine que beaucoup de femmes pourraient s'y retrouver).
j'imagine tout à fait que ces livres puisse faire grincer des dents, lever les yeux au ciel, voire brandir une banderole féministe sex-positif. c'est le jeu. 
Mais personnellement, j'ai eu beaucoup de plaisir à les lire.

En tous cas ce n'est certainement pas, comme réclamé par une pétition (un peu ridicule pour la Liberté d'expression, selon moi), un livre à censurer ou à attaquer en justice. On est loin, très loin d'un "Mein Kampf" du foyer.



(j'ai pris beaucoup de photos des pages, tant je me suis retrouvée dans nombre de ses propos... j'ai finalement du mal à faire un choix... alors je me contente d'illustrer ce billet de quelques rares images. A vous de vous faire votre idée, hé hé!) 




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