lundi 4 juillet 2016

"Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)" de Thérèse Hargot.

http://www.albin-michel.fr/ouvrages/une-jeunesse-sexuellement-liberee-ou-presque-9782226320124



Depuis un moment, ce livre  Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), de la philosophe et sexologue Thérèse Hargot (jeune trentenaire, mère de trois enfants) était dans ma pile à lire, sur ma table de chevet. Bien qu'attirée par le sujet, j'étais aussi un peu rebutée par le thème, d'apparence clairement déprimante.

J'ai trois jeunes enfants... je suis déjà prévenue par l'entourage (parents d'enfants un peu plus âgés, profs de 6ème-5ème...), je sais que les très jeunes ados d'aujourd'hui ont accès aux images porno bien plus facilement que notre génération (merci les smartphones, merci à cette société qui fait que les parents sont les premiers à pousser des cris d'orfraie, s'alarmer du fait que les enfants font tout de plus en plus tôt, mais qui sont aussi, paradoxalement, les premiers à croire devoir équiper leurs enfants en smartphones le plus tôt possible, à les jeter littéralement dans la gueule du loup...), et que c'est bien avant la fin de l'école primaire qu'il va falloir préparer nos enfants à la réalité, leur parler...
Mais, c'est humain, il y a certaines choses qu'on sait ou qu'on devine, en tant que parents, et qu'on aimerait ne pas trop regarder en face, de peur d'être dévastés en constatant l'évolution de la jeunesse en 30 ans (sans parler du coup de vieux qu'on y prend au passage).



Mais après avoir lu des avis positifs sur ce livre, après, aussi, avoir été désespérée par la lecture d'un livre soit-disant féministe (dont j'ai fait la chronique ici, il y a peu...) prétendant nous libérer des carcans en prônant une vision "sex-positive", basée principalement sur la libération sexuelle comme principe pour proposer à la jeunesse des modèles de femmes "libérées" de la pop-culture -tout un programme) telles que la particulièrement passionnante Kim Kardashian (sans rire), enchainer les partenaires dans une déconnexion toujours plus grande du corps et de l'esprit, considérer que les jeunes filles peuvent et doivent s'aligner sur la culture masculine proposée en niant leur spécificité, placer la recherche de toujours plus de plaisir comme but ultime, justifier le consumérisme et la marchandisation du corps grâce au sacro-saint concept de "consentement" (ah!) et de "liberté" (ahah!), et autres joyeusetés qui me paraissent assez peu engageantes et ne répondent pas du tout à ma façon de voir la sexualité, la féminité, la maternité, l'articulation de tout ça pour essayer d'être heureuse... et surtout ma façon de voir l'éducation de nos enfants.

C'est une chose d'être un journaliste appartenant au milieu branché-intello-hype-parisien, de considérer qu'en tant qu'adulte, on peut tout voir, tout montrer et tout faire, et de décréter ce que doit être une sexualité à la mode, sans s'encombrer de nuances ni adapter ce discours aux plus jeunes (c'est bien connu, les jeunes ados ont tous la maturité pour prendre le recul nécessaire face à la culture porno!), c'en est une autre de vivre dans le concret (le genre de vie quotidienne pas spécialement vanté dans les magazines féminins), d'avoir des enfants à élever, d'essayer de leur transmettre deux ou trois valeurs pour tenter d'en faire des futurs adultes à peu près heureux et équilibrés.

J'ai trouvé dans le livre de Thérèse Hargot une vision bien plus en phase avec ma façon de voir l'éducation, bien plus responsable, aussi.

Dans ce livre, nulle question de nier le désir, la sexualité et le plaisir... qui font le sel de la vie et sont en nous depuis l'enfance. Mais il est question de nuances, d'évolution, d'apprentissage pas à pas...
Moi qui fuis généralement les livres psy, qui, en fait de développement personnel, développent souvent des angoisses supplémentaires chez le lecteur sans proposer de véritables réponses... j'ai trouvé un essai philosophique, pas dogmatique, basé sur les observations de terrain de la thérapeute, récoltées dans son cabinet, au gré de ses interventions en milieu scolaire... et proposant des pistes concrètes pour chaque thème abordé.

Je vais aller droit au but: je me suis retrouvée dans ce livre dans chacun de ses chapitres:

L'extrême exposition des jeunes aux images porno et à la culture de la performance, insidieusement et hypocritement distillée par les adultes dans toute la société... et l'irresponsabilité de certains d'entre eux (et de certaines campagnes de communication) qui, grâce au concept très pratique et clé-en-mains de "consentement" ("tu peux tout faire si tu es consentant, mon enfant"), rejettent sur les jeunes la responsabilité de leurs actes et de leurs décisions, pour les laisser ensuite se dépatouiller avec les conséquences, au lieu de les protéger et édicter des interdits symboliques, sans prendre en compte la maturité insuffisante des jeunes en construction, et l'extrême poids que ces enfants portent sur leur épaules: consentir à quoi? Pourquoi? sais-je exactement à quoi je consens, au fait? mon corps mérite-t-il le respect? ai-je conscience de la beauté de mon corps, de la beauté de la relation sexuelle? et si à 12 ans j'ai accepté une pratique, sans avoir dit non, et que dix ans après je le vis toujours mal, est-ce que, en fin de compte, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, après tout j'aurais du être plus affirmé(e)?

La quête énorme d'amour chez les plus jeunes (notre société met sur un piédestal le sentiment amoureux, la fugacité de la passion, le romantisme, ce qui n'est pas sans compliquer la vie de couple ensuite, le mariage, qui ne repose pas exactement sur les mêmes principes et donne l'impression de décevoir un grand nombre de personnes après coup...)

les frustrations liées à la contraception "tout pilule" proposée aux filles de notre génération et cette sensation partagée, même si cette avancée a été majeure et essentielle dans notre libération sexuelle, d'avoir été, tout de même, mises un peu sous camisole chimique par nos ainées soixante-huitardes, d'avoir été déconnectées de notre nature, de notre désir, de notre corps, de la connaissance même du fonctionnement de celui-ci (qui parmi vous a enfin découvert, souvent sur le tard, le fonctionnement de son cycle et la matérialisation de celui-ci dans les modifications de son corps, une fois la contraception hormonale stoppée, dans le but de faire un bébé?)

L'éducation que notre génération de trentenaires a reçue, basée essentiellement sur la transmission de l'angoisse liée au sexe: "attention au sida, attention à la grossesse", et, souvent, sur les seules explications techniques une fois arrivés à l'adolescence: "tiens, voilà une capote"... éducation emplie de bonne volonté mais souvent insatisfaisante car ne répondant pas forcément à nos désirs profonds, à nos questions existentielles de jeunes en construction.

la question de la systématisation du recours à l'avortement, de cette "solution" avec laquelle on a tous grandi ("s'il y a un problème il y aura toujours l'avortement") qui pose parfois question... (et là je repense à la réflexion innocente d'un jeune cousin dans ma famille, quand j'avais annoncé ma grossesse... "cool! c'est super! mais, c'était voulu?")
L'avortement parait souvent, chez les jeunes, LA solution quand on a pas encore de CDI (le graal), qu'on croit ne pas être prêt matériellement pour accueillir un enfant, qu'on a été élevé dans l'idée que l'épanouissement personnel, la carrière et l'indépendance sont plus précieux que l'arrivée d'un bébé au mauvais moment, et qu'il faut être riche pour élever un enfant...
(entendons-nous bien, je suis personnellement très attachée au droit à l'avortement, droit absolument essentiel, malgré ses défauts... il n'empêche qu'il y a beaucoup de questions à se poser sur la culture du sexe "libéré" associée, les conséquences psychologiques que peut provoquer un tel acte, qui sont  niées et qui, pourtant, marqueront les femmes concrètement et durablement)

Je me suis beaucoup retrouvée dans la frustration de beaucoup de jeunes femmes, qui découvrent un peu tard que, après tous leurs efforts pour ne pas tomber enceinte, finir leurs études, construire leur couple, obtenir un appartement, vivre plusieurs expériences, voyager... se sentent comme trompées par la société (finalement, pas si égalitariste que ça, on le découvre quand on devient mère...) une fois qu'elles ont eu un bébé, et qu'elles sont censées résoudre le problème de la quadrature du cercle: être toutes les femmes à la fois, réussir partout.

Les affres de la maternité et la solitude dans laquelle les jeunes mères se trouvent face à leurs choix. Puisque tout est choisi aujourd'hui, l'âge auquel on fait un enfant, le fait même de le "garder" alors même qu'il n'est pas arrivé précisément dans le planning prévu, le fait de ne pas en avoir, le fait d'allaiter ou non, le fait d'avoir choisi de retarder la maternité pour privilégier sa carrière, au risque de se sentir prise au piège après coup quand l'enfant ne vient pas, ou celui d'avoir arrêté de travailler, et privilégié sa vie de famille... la femme est critiquée pour tout, et en plus, ne peut plus se plaindre, ne peut plus faiblir, elle doit tout assumer. La solitude encore, des femmes dans la gestion de leur corps (puisque les hommes ont été mis de côté, déresponsabilisés dans les étapes de la contraception et de l'enfantement, que leur corps leur appartient, les femmes se retrouvent, paradoxalement, bien seules ensuite pour assumer)

La question de la lutte contre les stéréotypes de genre, qui est salutaire sur beaucoup d'aspects (comme celui du message à faire passer que les filles sont capables de faire exactement les mêmes métiers que les hommes, et au même tarif -huhu), mais qui s'acharne peut-être trop contre le recours de toutes les petites filles, et de tous les petits garçons, à des artifices caricaturaux propres à leur genre (il n'y a qu'à visiter une cour de récré en maternelle pour le constater: les princesses, les paillettes, les couronnes d'un côté... les superhéros, les muscles et les armes de l'autre), alors que ces jeux-là sont nécessaires aux enfants pour se construire, savoir qui ils sont, et, au lieu d'être dénigrés de jouer à ces jeux pas très "modernes" ni "bien-pensants", être validés par leurs parents dans leur genre: "oh ma fille, que tu es belle en Princesse"  (= je suis ton papa, je te regarde, je t'aime, je te trouve belle et digne d'être aimée par un futur prince, tu n'auras pas besoin d'en faire des tonnes à l'adolescence en t'habillant en Lolita, car je t'aurai donné confiance en toi), "oh mon fils, que tu es musclé, tu es un vrai guerrier, tu seras fort plus tard!" (= je suis ton papa, je te reconnais comme un homme en devenir, capable de protéger et d'être quelqu'un sur qui l'on pourra compter).


C'est bien simple: j'ai dévoré le livre en une journée, je me suis reconnue dans tous les propos de Thérère Hargot.
Je me sens assez proche de son souhait d’œuvrer pour un féminisme différent, d'ouvrir une troisième voie en quelque sorte: un féminisme qui, au lieu de demander aux femmes de se calquer au modèle masculin (monde du travail, sexualité, etc...), s'adapte à elles, prenne en compte les femmes dans leur spécificité, ne nie pas leur capacité et leur vocation à porter et donner la vie, et les aide à cumuler ces différentes facettes de la maternité avec leur volonté d'épanouissement personnel, leurs ambitions professionnelles et leur envie d'exister entièrement dans la société.

Alors que j'ai ouvert ce livre à reculons (je craignais un enchainement de témoignages tous plus glauques les uns que les autres sur les pratiques anales rémunérées, filmées et à plusieurs, en classe de sixième, après la cantoche et juste avant le cours d'anglais), j'y ai finalement puisé des pistes de réflexion sur l'éducation, mais aussi sur moi-même, ma féminité, ma sexualité, mon couple, et l'image que je renvoie à mes enfants.
J'y ai aussi trouvé des axes intéressants pour aborder divers sujets dans quelques années avec mes enfants, et ai refermé ce livre sur une belle note de confiance en la vie et d'optimisme (l'amour aide!)
Car au fond, cette génération sera différente, mais pas forcément pire que toutes les autres avant elle.

Sans compter que je me suis facilement identifiée à l'auteur, elle-même dans la trentaine et mère de trois enfants... en fait, en la lisant, j'ai eu l'impression de me lire (les compétences en plus).
(et j'ai écrit ce billet en été interrompue une dizaine de fois par ma petite dernière, assise sur mes genoux la plupart du temps)

Un livre que je vous recommande chaudement... et qui me semble devoir être mis entre les mains de tous les parents.

"Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque)" de Thérèse Hargot (Albin Michel)































8 commentaires:

  1. Je te rejoins complètement Marine! Merci pour cette critique/analyse très intéressante.

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  2. Une lecture au final positive et qui donne du crédit à l'amour pour armer nos enfants : que demander de plus ?!! Tu m'as vraiment donné envie de découvrir ce livre, qui répond aussi à certaines de mes grandes craintes (avec la question du harcèlement scolaire... sur lequel je n'ai pas encore osé lire) en matière d'éducation. Non pas que je redoute de leur parler de ça (au contraire, je suis super heureuse de pouvoir leur expliquer la vie, leur donner mes clés de lecture et autant d'ouverture que possible + les valeurs qui me paraissent importantes en la matière, notamment le respect et le consentement) mais que la grande accessibilité à la pornographie, comme tu dis, m'effraie beaucoup. Il ne s'agit plus d'un magazine volé au kiosque à journaux à 12/13 ans mais bien de la possibilité de visionner des scènes vivantes et parfois vraiment violentes qui risquent de biaiser fortement leur appréhension de la sexualité. Mais bon, on sera là, toujours. L'essentiel pour moi et de s'appliquer à ne jamais perdre le dialogue et encore moins la connexion, quand bien même (ou justement parce que !!!) ils arrivent au collège (l'enfer pour moi, mais passons).
    Là où mon avis diffère (mais ça m'intéresse de découvrir les arguments de la psy), c'est que si les enfants ont besoin d'être reconnus dans leur spécificité sexuelle, je ne suis pas d'accord pour que cela relève encore et toujours de la valorisation de l'esthétique chez la petite fille et de la valorisation de la force et de l'adresse chez le garçon. Je pense que par conditionnement, je reproduis pourtant partiellement (tout en me battant contre moi-même) ces clichés. Je suis toujours fondue d'admiration devant la bouille de ma fille et je pense que je dis moins souvent à mon fils que je le trouve beau... à tel point qu'il a décrété qu'il n'aimait pas se voir en photo l'autre jour, parce qu'il est "moche". Gloups...
    De même, je tiens à ce que ma fille est autant confiance en elle physiquement que pour ses capacités intellectuelles et physiques. Ca ne l'empêche pas de me parler des bébés qu'elle aura dans son ventre plus tard ou de vouloir du vernis à ongles et des bracelets quand elle me voit en porter, de vouloir tout faire comme maman. Mais JUSTE, ça ne doit pas s'arrêter à des questions esthétiques (marre !!!).

    (part 1/2)

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    1. Je crois qu'on a aussi intégré le message actuel (du gouvernement notamment) selon lequel ce serait mal que petits garçons et petites filles soient différents.
      J'ai aussi pensé, plus jeune, que tout est question d'éducation... Mais forçe est de constater qu'à la maison, malgré la présence de jouets mixtes, malgré le fait que mon fils ait accès aux poupées, et mes filles aux voitures, et qu'ils jouent souvent tous ensemble... Mes filles et mon fils sont différents. On a une sorte de culpabilité un peu ridicule sur ce point, je trouve... Comme si ça allait jouer sur toute leur vie future ensuite.

      Je crois qu'on peut admettre enfin que petites filles et petits garçons sont différents, n'ont pas la même énergie, le même taux de testostérone... Reconnaître Que oui, iil y a des constantes dans leurs goûts et passions... (Mon fils s'est passionné pour les engins à moteur depuis tout petit... Pourtant ni son père ni moi n'avons créé cette passion chez lui!) Tout en les élevant dans l égalité des droits, dans le respect et un champ des possibles identique pour eux plus tard. D'ailleurs virilité, féminité, genre, orientation sexuelle... N'ont pas de lien.
      on peut être un garçon, fan de voitures, d'engins à moteur, etc... Et etre homo. Etre plus littéraire, plus "féminin"... Selon les canons en vigueur... Et etre parfaitement hetero.
      Il n'y a donc pas à craindre, selon moi, de fabriquer des futurs petits machos juste parce qu'on les laisse se déguiser en Spiderman, ni créer des futures pouffes en laissant nos filles jouer à la Barbie.

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  3. Je ne partage pas trop non plus tes craintes sur l'avortement comme pis-aller pour ne plus se préoccuper des risques liés à la sexualité. Les statistiques le disent : il y a beaucoup d'IVG liées à de gros problèmes de mauvais usage ou de mauvais fonctionnement d'une contraception bien en place... d'où l'intérêt aussi de ne pas parler seulement de la pilule aux jeunes filles, surtout si elles disent craindre de l'oublier : vive le DIU et tout le reste !!
    L'avortement peut être une épreuve traumatisante mais aussi un évènement dont on se remet pas trop mal, sans qu'il y ait pour autant matière à accuser encore une fois les femmes, quand la sexualité se vit à deux - et que l'on gagnera à responsabiliser aussi nos fils sur le sujet.
    En revanche, je partage tout à fait tes réflexions sur la découverte tardive du cycle menstruel et de ses manifestations : je ne parle pas de l'info basico-basique du supposé cycle de 28 jours avec ovulation le 14e. Mais d'apprendre à observer les signes qui peuvent se manifester dans nos corps à différents moments du cycle, autant autour de l'ovulation qu'à d'autres moments. Personnellement, j'ai appris à connaître mon corps (et même à l'ausculter) seulement après 2 grossesses ! Or il s'agit d'un grand enjeu d'empowerment des femmes, tout à fait légitime.
    Idem pour le mensonge du "vous pouvez tout avoir" et la chute vertigineuse une fois que l'enfant paraît. Il faudrait plutôt évoquer en amont le partage des tâches dans le couple, au même titre que le Graal du CDI, parce que c'est à cette seule condition que les femmes pourront faire des choix de (non)carrière éclairés et non frustrants.

    Des bises !

    (part 2/2)

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    1. Pour ce qui est de l'avortement, ce ne sont pas des craintes que j'ai (je ne remets pas en cause le droit à l'avortement, ni ne me permets de juger pourquoi telle ou telle femme va avorter, car je pourrai être concernée demain, et ai tant de copines autour de moi y ayant recouru.
      J'exprime plus un "regret", que je partage avec l'auteur, cette idée que la question de garder un enfant ou pas, des qu'il pointe le bout de son nez hors d'un planning bien précis, est devenue quasiment un réflexe, même chez les couples bien ensemble, sans problèmes sociaux ou matériels.
      C'est cette idée d'avoir le choix de tout qu'elle critique de manière pertinente, car ce choix immense ne nous rend pas heureux, pas libres: il nous impose, quelque soit notre décision, de l'assumer et de bien la vivre, sans nous plaindre.
      Or l'humain est bourré d'ambivalences, on nie la force de l'instinct de reproduction, de la pulsion de vie...et si nous admettions que tout un tas de filles, mises d'office sous contraception, ont inconsciemment besoin de se tester, de se frotter à la réalité de leur corps, de voir qu'elles sont fertiles?
      Je ne remets pas en cause la contraception non-plus, heureusement qu'elle est là, pour les jeunes filles notamment... Mais qu'est ce que ça peut être lourd, de commencer sa vie sexuelle en mettant tout en œuvre pour ne PAS tomber enceinte... Quand au fond de soi, on a un souhait inavouable: celui de devenir mère!
      C'est une réflexion plus philosophique que pratique, c'est certain... Mais cet aspect de l'inconscient me parait passionnant à prendre en compte chez les jeunes.
      D'où l'importance d'un travail en amont....

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    2. Je partage tout à fait ta réflexion (et celle de l'auteure visiblement) sur le fait qu'avoir le choix de tout ne rend pas heureux de façon systématique (de la même façon qu'avoir 0 choix ne rend clairement pas heureux non plus). Mais l'ambivalence existe, dans tous les cas, et c'est vrai qu'on nous le fait presque payer (au niveau de la maternité, c'est patent, comme dans l'extrait que tu cites).
      J'ai moi aussi aimé me frotter à l'idée de pouvoir tomber enceinte et j'aurais presque aimé que ça m'arrive à 16 ans, au début de ma sexualité. Mais c'était une maternité fantasmée et je ne crois pas que ça m'aurait rendue heureuse non plus de devoir avorter. Donc je suis contente que ça n'ait pas eu lieu...

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  4. J'aime bien l'extrait "tout ce qui entrave l'activité économique devient à combattre,au nom de l'activité professionnelle" : elle illustre autant le casse-tête des parents (et surtout des mères) que la façon dont la société met la production et la consommation bien au-dessus du temps accordé à ses enfants, pourtant les acteurs du monde de demain. Des acteurs dont l'équilibre et le soin devraient primer pour une société faite d'individus plus sereins et bien dans leurs baskets : mais on fait l'enfant que l'on désire tant et on est ensuite contraint de retourner vite gagner sa croûte au bout de qq mois et de s'excuser sans cesse de devoir s'absenter pour l'élever et l'aimer... #AuSecours quoi...

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