jeudi 8 septembre 2016

"La Petite Femelle", de Philippe Jaenada





J'ai -enfin!- terminé "la Petite Femelle" de Philippe Jaenada... (Livre qu'on m'a offert cet été)
Après "Anna Karenine" de Tolstoï cet hiver, cela faisait un moment que j'attendais d'être emmenée par un livre, de vivre à nouveau un coup de coeur littéraire, de me plonger dans un pavé approfondi et passionnant.

C'est chose faite avec ce portrait de femme.

On sent que Pauline Dubuisson a fasciné et passionné l'écrivain, comme s'il avait vécu au plus près d'elle, avec 50 ans de décalage, en travaillant sur son livre et en enquêtant sur "l'Affaire Dubuisson", fait divers qui avait passionné les foules a l'époque.

Un peu comme Anna Karenine, Pauline Dubuisson va me poursuivre longtemps.
Un peu comme Anna Karenine, ce portrait de femme, écrit par un homme, en dit long sur toute une époque, la mentalité d'un pays (ici, la France des années 50), l'ambiance de l'après-guerre, mais aussi la psychologie humaine et féminine, l'éducation, le féminisme.
Un peu comme Anna Karenine, Pauline Dubuisson était une femme libre, mais trop tôt: pas à la bonne époque.

Ce roman visait à réhabiliter dans la société cette jeune femme -fatale- , étudiante en médecine accusée du meurtre de son amant, brisée dès l'enfance et tout au long de sa vie ensuite... Par l'éducation paternelle extrêmement dure, par la mort de ses frères, par la guerre, par la Libération et la justice expéditive des hommes, celles des "bons" à l'égard des femmes qui ne s'étaient pas correctement comportées avec les allemands, par la justice -la vraie-, par les médias, par la rumeur, par la jalousie des femmes, par le cinéma (le film "la Vérité" d'Henri-Georges Clouzot s'étant emparé de son histoire, en la modifiant largement au passage...cette mise en lumière soudaine à la sortie du film empêchant tout espoir pour Pauline de se réinsérer discrètement dans la société) par les gens "bien comme il faut", par un grand nombre de journalistes assoiffés de publicité et peu regardants sur la déontologie, cédant à leur imagination et à leurs fantasmes au lieu de se cantonner à l'enquête...

Il m'a fait découvrir Pauline et l'apprécier, vibrer et me révolter pour elle, et même l'aimer comme une sœur. Malgré ou peut-être grâce à ses failles, ses zones d'ombres, sa personnalité complexe, qui en font un être humain, tout simplement, et pas la parfaite petite femme rangée et discrète que l'époque attendait qu'elle soit.
J'ai eu envie, tout au long de la lecture, d'en savoir encore plus sur elle.

La construction du livre est un vrai tour de force (je ne sais pas combien de temps l'auteur a passé à éplucher les archives de journaux et les PV d'audition...)
Et son style (je ne connaissais pas cet auteur), est inimitable: d'un sujet sombre, il en tire un texte plein d'esprit, drôle, ironique sarcastique, extrêmement intelligent, ponctué de commentaires et digressions tous plus jouissifs les uns que les autres, d'anecdotes personnelles complètement décalées, d'humour absurde tombant juste à chaque fois, et ajoutant une légèreté plus que nécessaire, pour que le livre ne sombre pas dans le pathos.
Les cinquante ans de décalage avec les faits permettent à l'auteur une vraie distanciation, et ouvrent la porte à une liberté de ton. Le procédé littéraire, original, et surtout la réussite de l'entreprise, m'ont bluffée.

J'ai rarement ressenti autant d'émotions et de plaisir à la lecture, autant dans le fond que dans la forme.
 Un conseil: foncez.

 http://www.julliard.fr/site/la_petite_femelle_&100&9782260021339.html














PS: il faut vraiment que je rédige, un jour, un billet sur "Anna Karenine", qui m'a subjuguée.
Du haut de ma toute petite culture littéraire, je pensais que le Roman Parfait était "Madame Bovary" de Flaubert... je revois ma position, c'est finalement celui de Tolstoï que je privilégie. Il réunit absolument tous les thèmes du couple (fidèle, libertin, heureux, arrangé...), toutes les facettes de la féminité et de la masculinité (la maternité, la séduction, la jeunesse, la vieillesse), propose toutes les hypothèses de choix de vie (rangée, ou plus aventurière, ambitieuse professionnellement ou plus détachée, citadine ou paysanne, mondaine ou authentique), les questions de spiritualité...  sans jugement, même si on sent une prise de position de l'auteur, induite par son contexte de vie. Un écrivain homme doté d'une psychologie féminine hors-du-commun... (sa description, sur plusieurs pages, d'un accouchement, est fascinante de réalisme).
C'est un livre, qui, théoriquement, apporte toutes les réponses aux questions de la vie. Il est la Vie en lui-même. Théoriquement, il devrait être lu par tous, à l'âge de 18 ans, comme préparation aux embûches personnelles qu'ils rencontreront, à l'engagement du mariage, etc... En pratique, il ne peut pas être lu et compris à ce jeune âge, bien sûr... c'est ce qui le rend si passionnant: la vie ne s'apprend pas dans les livres, mais les livres sont là pour nous aider à y réfléchir.
Je l'ai refermé il y a déjà plusieurs mois et j'y pense presque quotidiennement.

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