samedi 29 juillet 2017

Vendredi soir à 23h58.




Hier soir à 23h58, je me suis assise près de son berceau, et j'ai pleuré.





J'ai pleuré parce que ça faisait exactement une semaine qu'il était né.
J'ai pleuré parce que j'avais juste besoin de pleurer.

J'ai pleuré devant la beauté de sa position, endormi, en observant ses petits pieds, ses cuisses et ses mollets encore tout maigrelets.
J'ai pleuré d'entendre sa si petite respiration, ses hoquets, ses soupirs.

J'ai pleuré en ne me lassant pas de le regarder, en luttant, en forçant ma mémoire, en essayant de réussir, cette fois, à tout enregistrer.
J'ai pleuré en essayant de mémoriser cette odeur de lait, cette peau un peu salée, ce parfum de brioche à la fleur d'oranger, cette odeur d'été.

J'ai pleuré en me disant que c'était le dernier.
J'ai pleuré de toutes ces questions que je m'étais posées.
J'ai pleuré de me dire que cette petite folie avait eu quasiment toutes les chances de ne jamais exister.

J'ai pleuré "à cause des hormones".

J'ai pleuré de m'être énervée, d'avoir du gronder deux de mes enfants, deux jours à peine après mon retour à la maison.
J'ai pleuré de me sentir tiraillée, bouleversée, déstabilisée par ce nouvel équilibre à trouver.
Et de le savoir déjà si bien entouré.

j'ai pleuré devant l'ampleur de la tâche qui m'attendait.
J'ai pleuré de savoir que j'avais cinq personnes à aimer.

J'ai pleuré d'avoir la chance de vivre ce bonheur fou à nouveau.
J'ai pleuré et essuyé les larmes qui tombaient sur mes genoux.

J'ai pleuré, déjà endeuillée de laisser cette première semaine au passé.
J'ai pleuré d'avoir quitté le cocon de la maternité.
J'ai pleuré, trop consciente du temps qui va si vite passer.

J'ai pleuré parce que j'étais fatiguée, et que j'avais mille émotions à évacuer.
J'ai pleuré, me demandant si j'allais y arriver.
J'ai pleuré, en me trouvant un peu nulle de pleurer.

J'ai pleuré en repensant à cet accouchement si réussi, le premier pour lequel, je crois, malgré la douleur, j'ai réussi à prendre du plaisir et à "profiter".

J'ai pleuré parce que ça fait juste du bien de pleurer.
J'ai pleuré parce que sept jours avant, je ne l'aimais pas encore, tout en sachant, théoriquement, que je l'aimerai.

J'ai pleuré, le coeur lourd d'une compassion un peu mégalomane pour tous les bébés de la terre. Comme si j'étais capable de les aimer tous.

J'ai pleuré, étonnée de voir que je n'arrivais pas à m'arrêter.
J'ai pleuré, et je suis sortie de ma chambre pour ne pas les réveiller.

j'ai pleuré, car devant mon ordinateur, je me suis rendu compte que j'avais du mal à trouver les mots pour décrire l'amour maternel. Et puis j'ai compris à nouveau que ces choses-là ne s'expliquent pas, elles se vivent.

J'ai pleuré, car ils ne sauront jamais vraiment rien de la force de ce sentiment que j'ai pour eux.

J'ai pleuré, parce que je me suis sentie comme seule au monde.
J'ai pleuré, en pensant au maillon qui me relie à toutes les mères de l'histoire de l'humanité.

J'ai pleuré de soulagement, celui de ressentir cet amour à nouveau dans mes tripes, d'avoir l'estomac noué, et de ne plus distinguer si c'étaient des pleurs de joie, de gratitude, de tristesse ou de nostalgie. Un mélange de tout ça, sûrement.
Une envie de dire merci.

J'ai pleuré, parce que je savais qu'un jour, j'aurais presque tout oublié.


Vendredi soir à 23h58.

9 commentaires:

  1. Magnifique texte!J'aime énormément tes écrits habituels réfléchis,engagés,intellectualisés mais je crois que je vais adorer ceux où tu laisses s'exprimer ta sensibilité.Tes mots sont universels et me touchent profondément.
    Merci.
    Sophie

    RépondreSupprimer
  2. En tant que mère, je pleure à vous lire. Merci.
    Mymi

    RépondreSupprimer
  3. Chère Marine
    par tous ces derniers écrits , vous retracez toute l'ambivalence de la femme, et de la mère ! rien n'est plus beau de vivre cette vie , mais aussi rien n'est plus angoissant (malgré l'immense bonheur et l'immense joie) que d'être maman !!!!j'ai connu celà 3 fois et je suis passée par tous les stades évoqués et maintenant que mes enfants sont partis continuer leur vie sans moi , et bien je peux vous certifier que ce rôle n'est jamais terminé JAMAIS
    il y a la peur de leurs échecs ! le bonheur de leurs réussites, les chagrins des maladies ! l'immense bonheur d'avoir des petits enfants , mais aussi l'angoisse quand un de vos amours va aussi donner la vie !!!
    maintenant je me sens plus sereine ! plus GRANDE !!! j'arrive à prendre du recul ! c'est peut être cela le début de la sagesse !
    Et un jour nous vivrons au travers la vie de nos enfants et petits enfants et arrière arrière petits enfants ! c'est la chaîne de la vie ! l'emprunte que nous laisserons sur cette terre et ma fois nous avons bien de la chance ne croyez vous pas?
    Vivez Marine, profitez de votre belle vie entourée de l'amour des votres, laissez venir à vous les pleurs , c'est normal complètement ! donner la vie est un sacré chamboulement dans les coeurs et les corps ! amicalement

    RépondreSupprimer
  4. Moi aussi, ton texte a su toucher mon coeur de maman. C'est marrant car justement aujourd'hui, je me suis dis que j'avais oublié tous ces moments précieux dont tu parles, mais que finalement ce n'était pas grave, car j'étais heureuse de profiter de mes filles maintenant, j'étais étonnée moi-même de ne pas être submergée par cette nostalgie de la toute petite enfance (mes filles ont 4 et 6 ans, je profite encore un tout petit peu de leur odeur de bébé ^^), et finalement rassurée car la suite est chouette aussi :)

    Je te souhaite le meilleur avec ce nouveau bout de chou <3

    RépondreSupprimer
  5. C'est tellement ça le débordement d'amour qui donne l'impression que le coeur va exploser. La nostalgie qui colle au cœur parce qu'ils grandissent tellement vite... Cette envie de tout retenir. <3

    RépondreSupprimer
  6. Bonjour et félicitation pour la naissance de ce si joli petit garcon. Je voulais vous envoyer un mail mais je ne trouve pas de contact...
    choops

    RépondreSupprimer
  7. J'espère que vous allez bien et que votre silence est dû au fait que vous profitez de la vie de famille à 6, je vous suis depuis longtemps.
    Mymi

    RépondreSupprimer
  8. Je viens de vous découvrir et je trouve que vous avez l'art et le don de mettre en mot les sentiments, c'est vraiment impressionnant. Merci beaucoup de prendre le temps d'écrire tout ça. Pour vous, comme pour nous.

    RépondreSupprimer