mercredi 11 octobre 2017

Bon alors, c'est comment la vie avec quatre enfants?




Mes chers lecteurs...

quel n'est pas mon désarroi quand je constate le temps que je mets à ouvrir mon ordinateur, pour enfin y rédiger un billet...
Ce n'est pas l'inspiration qui manque, pourtant.

Mon petit quatrième a deux mois et demi et je vais tenter de dresser un petit bilan de la vie tous ensemble... en répondant ici à des questions que j'entends souvent:


- alors, c'est comment la vie avec quatre enfants?

Pour celles qui se poseraient la question, je trouve que la vie avec quatre enfants n'est pas spécialement différente d'avec "seulement" trois.





Avoir un premier enfant est un bouleversement, car on a tout à apprendre. Un deuxième l'est tout autant, car il faut apprendre à se diviser, à ne plus répondre aux attentes d'un seul enfant. Cela peut se faire dans la douleur et la frustration... Avoir un troisième est le début du lâcher-prise: même si l'on passe à une organisation un peu plus millimétrée voire industrialisée, c'est un évènement, selon moi, un peu moins compliqué à gérer émotionnellement. On sait ce que c'est que d'avoir plusieurs enfants, on sait ce que c'est que de devoir se dédoubler... avec un troisième, on affine juste la technique. Et on découvre que le bébé numéro 3 devient un bébé tout terrain... car on adapte beaucoup moins l'environnement à lui; c'est plutôt l'inverse, c'est lui qui s'adapte au rythme de tous, et souvent plus facilement que ce qu'on craignait.

Eh bien un quatrième enfant ne vient pas changer grand-chose dans l'organisation de notre famille.
Pour tout dire, il a pris sa place le plus naturellement du monde, rien dans la logistique ou le matériel ne nous parait mériter d'être un sujet d'enjeu ou de tension. Rien n'a été fondamentalement modifié avec son arrivée.
Nous continuons dans la lancée, nous peaufinons notre lâcher-prise... c'est définitivement là que tout réside.


- et il fait ses nuits?

Le sommeil du bébé par exemple, qui était un sujet prépondérant quand nous étions tout jeunes parents, n'est quasiment plus abordé maintenant. Parfois notre bébé dort non-stop de 20h à 6h, de plus en plus souvent, même... et parfois pas. Je ne tiens riens pour acquis, vous ne m'entendrez pas de sitôt clamer "il fait ses nuits!". En fait je n'attends rien, et donc je ne suis pas déçue.
J'ai beaucoup progressé, puisque les précédents nous ont fait pas mal souffrir question sommeil... et que, dans une sorte de cercle vicieux, je faisais surement plus que maintenant une fixation sur ce sujet.

Je remarque que, encore plus que pour notre troisième enfant, nous donnons à notre bébé des indications assez claires et carrées sur notre rythme familial dès le début.
Par exemple, depuis la rentrée, nous le couchons dans la chambre de sa soeur... à 20h, comme elle, dans son lit. Avec une petite berceuse. Parfois il s'endort calmement, d'autres fois il nous fait comprendre que ce n'est pas du tout le moment; on le reprend alors avec nous dans le salon, et on le recouche un peu plus tard, quand on sent qu'il est "prêt".
On est dans une espèce de "cadre souple", de "bienveillance stricte": à l'opposé de ce que nous faisions avec notre ainée (tout tournait autour de ses besoins urgents, ou de ce que nous estimions être ses besoins urgents, ce qui était bien naturel, comme pour tous jeunes parents...), on s'aperçoit qu'aujourd'hui, on édicte (sans y penser), dans un premier temps, les règles et horaires de la vie de famille... on voit si le bébé y adhère, et seulement dans un second temps, si on voit qu'il ne s'y adapte pas, alors c'est nous qui nous adaptons à lui.

Notre constat est que cet enfant est coolissime... au début le rythme était chaotique, naturellement... et aujourd'hui il est déjà très "intégré" à la micro-société qu'est notre famille est au rythme qui est le sien.
Il pleure peu, s'éveille de plus en plus, dort pas mal quand ses frère et soeurs sont absents... et déploie une énergie folle pour ne pas louper une miette de leurs jeux, du son de leurs voix, de leur présence quand ils reviennent de l'école.
Il n'est que sourires et rires en ce moment, exprime sa joie en pédalant dans le vide avec les jambes et les bras... et surtout il fait fondre toute la famille.

Evidemment je ne pourrais jamais analyser quel est le lien de cause à effet entre notre zénitude et la sienne... j'ai eu quatre enfants tous différents et je suis bien consciente que chacun a sa personnalité, qu'il n'y a pas spécialement de "recettes" pour avoir un bébé "facile", et surtout que tout peut changer, tout le temps, les apprentissages pendant l'enfance n'étant qu'une succession de progrès, suivis, bien souvent, de petites régressions.
J'ai plus de recul maintenant, et même si je n'ai jamais eu d'attentes précises avec mes enfants (leurs poids, le nombre de dents à tel âge, l'âge des premiers pas, les comparaisons avec les "compétences" des autres, cela a toujours été le cadet de mes soucis -d'où ma tendance à fuir les discussions angoissées entre mamans au parc, et donc à fuir le parc tout court!-)

On ne prononce plus jamais la phrase "chut, il dort"... comme pour le deuxième et le troisième enfant, on a compris que ce sont justement cette agitation et ce bruit qui l'intéressent et l'apaisent, et lui permettent de se sentir serein (et donc de dormir au milieu des cris). Et puis de toutes façons on n'a plus le choix... cette maison est rarement silencieuse à présent.


- Et les enfants, alors, comment ils le vivent?

Les enfants sont super super super fiers et heureux d'avoir un petit frère.
Depuis le début, je n'ai jamais observé de phénomènes de jalousies entre frère et soeurs chez nous... bien sûr qu'il y a de la rivalité, des comparaisons et des disputes, mais c'est quelque chose que je considère comme normal, car modéré. Je crois, par expérience personnelle, que l'alternance fille/garçon aide aussi à adoucir ce sentiment.

Mes deux premiers s'entendent très bien, sont complices et proches en âge (9 et 7 ans), ils sont autonomes maintenant, pour la plupart des gestes du quotidien... mais aussi pour les devoirs (mon aînée l'a toujours été... mon cadet était un peu moins "mature" en CP mais a grandi d'un coup depuis qu'il a fêté ses 7 ans à la rentrée, il est plus sérieux, se met au travail seul chaque soir sans que j'aie besoin de le torturer, prend mieux soin de ses affaires et de lui-même: l'âge de raison, quoi.

Mine de rien, ils grandissent, et me demandent moins d'énergie sur certaines choses maintenant (mais plus sur d'autres!). Le fait de me retrouver souvent seule avec eux quatre me pousse aussi un peu plus à les autonomiser... je commence à me faire un peu violence et les laisser seuls à la maison parfois. Parce qu'ils en sont capables! Pas longtemps, juste pour faire un petit aller/retour dans le quartier qui m'arrange... disons que c'est un petit entrainement, pour eux comme pour moi!

On essaie au maximum de consacrer du temps et de l'écoute pour chacun.
Je passe parfois des petits samedi matins juste avec mon ainée, on papote, on voit une expo, on passe acheter des fleurs au marché... ces moments sont rares mais intenses en échanges mère-fille.

Avec mon fils, on a d'autres façons de se "retrouver"... c'est lui qui a le plus de devoirs cette année, alors je passe du temps à discuter avec lui de ses leçons, par exemple (sans pression de ma part, il travaille plutôt bien). Et si je passe une demi-heure à l'écouter parler de ses Lego, c'est un grand bonheur pour lui, huhu.

Le mardi soir, pendant le sport des grands, je cuisine avec ma petite troisième de bientôt quatre ans. C'est un peu éprouvant pour mes nerfs la plupart du temps, mais je tiens bon, elle commence à maîtriser la recette de la pâte à pizza sans repeindre la cuisine en rouge tomate, et c'est l'occasion d'un moment régulier, au calme, juste elle et moi.
Les choses sont un peu différentes avec elle, car contrairement aux autres, c'est un vrai changement pour elle d'être devenue grande soeur. Elle est assez exigeante et fatigante en ce moment, la moyenne section la fatigue (on a négocié qu'elle refasse des siestes à l'école, car elle était infernale le soir après l'école...).
C'est une petite fille plein de vie, avec un fort caractère... qu'on gère un peu comme le lait sur le feu en ce moment. J'alterne entre les moments où elle me fait fondre (elle est trop chou, franchement), et les moments où elle me rend dingue (notamment quand elle décide de se relever vers minuit...). Je serre les dents, jean-Chou me rappelle que mon aînée m'avait fait traverser des phases identiques au même âge... elle est encore petite et a souvent besoin de sa maman rien que pour elle.
A part ça, elle est complètement folle de son petit frère, veut s'en occuper, lui met sa musique le soir, lui donne parfois le biberon... c'est touchant de la voir se donner à fond pour progresser. Au fond, on a toujours attendu d'elle qu'elle fasse comme les plus grands, alors qu'elle est bien plus jeune qu'eux... on essaie de ne pas l'oublier et de la laisser grandir à son rythme.

Mais on ne se prend pas plus la tête que ça non-plus pour ce qui est du "temps"... si on a une famille nombreuse c'est aussi parce qu'on estime que la vie tous ensemble est une chance (cf cet ancien billet sur le temps accordé à chacun).
Notre priorité est d'abord de passer du temps de qualité tous les six, et ce n'est pas si facile que ça... on gère notre agenda du week-end en fonction de ce critère: il nous faut au moins une journée plaisir juste tous les six, pour avoir eu l'impression de profiter de nos enfants. Car en semaine on n'a jamais l'impression d'avoir assez de temps.


- et vous alors, vous avez du temps pour vous? ce n'est pas trop dur?

On a souvent des questions de ce genre, posées sur le ton négatif/inquiétude.... si vous voulez, je vais vous répondre franchement: oui c'est fatigant d'avoir un enfant de plus, un bébé à la maison. Oui on court après le temps. Oui matériellement il faut gérer. Oui c'est de l'organisation. des soucis, du stress. Oui les grands sont encore plus fatigants qu'un bébé, et parfois j'ai l'impression d'être la mère de famille nombreuse au taquet, décrite par Florence Foresti, qui serait capable de négocier avec un forcené pour le compte du GIGN tellement ses nerfs sont d'acier.

Mais qu'est-ce que ça nous rend heureux... chaque jour est une fête, ce petit quatrième est un vrai cadeau de la vie. Comme pour chaque naissance, on se laisse complètement happer par le bonheur des premières fois, on n'en revient pas du miracle qu'est la création d'une petite vie. On en profite encore mieux et plus. Il en fallait au moins quatre!
Ce bonheur nous rend plus amoureux, plus heureux encore d'être ensemble, et on trouve toujours le temps pour se faire nos petits diners à deux, rien qu'à deux, pour prendre l'apéro, débriefer nos journées.

Personnellement, après la grossesse qui a tendance à m'affaiblir psychologiquement, je deviens forte en devenant mère. Il y a ce sentiment de fierté, une vraie énergie, qui me donne envie de profiter à fond et de me donner un petit coup de pied aux fesses quand j'ai moins la pêche.

Et j'aime bien voir que je suis capable de gérer cette petite famille, pour l'instant, à peu près comme il faut, voir que j'arrive à m'organiser, et surtout à prendre du plaisir chaque jour, sans me sacrifier (à propos de "sacrifice maternel", d'ailleurs, je vous invite à lire ce billet du blog "Quatre Enfants" avec lequel je suis tout à fait en phase... le nombre d'enfants y fait surement beaucoup, mais en tant que mère, pour survivre, je souscris tout à fait à l'idée qu'il faut se faire du bien, et ne pas TOUT donner à ses enfants... le tout "éducation bienveillante" ayant ses limites)

Souvent j'entends "quel courage!". Je ne le prends pas mal, au contraire, c'est souvent dit de manière gentille voire admirative... (parfois c'est dit sèchement, mais je n'y prête alors pas d'importance)...
Quant au fameux "ma pauvre!" que toutes les mères de famille nombreuse entendent, que j'entends aussi régulièrement, j'avoue avoir plus de mal à garder le sourire: les gens qui me plaignent, j'ai, en réaction, envie de les plaindre en retour: s'ils sont passés à côté de la prise de conscience qu'avoir des enfants était une joie, et qu'en avoir plusieurs était, juste, un choix qui nous rendait heureux, s'ils ne voient la maternité que comme une aliénation, la parentalité comme un truc inintéressant, les enfants comme une corvée, des soucis, des problèmes de siège-auto à acheter et des dépenses supplémentaires, je ne peux que trouver ça triste pour eux.
Chacun sa vie, chacun ses choix...

Mais vraiment, avec Jean-Chou, on se le dit chaque jour: il n'y a aucun courage à avoir un quatrième enfant, ce n'est pas aussi fou que cela peut paraitre... et c'est surtout, avant d'être du travail, un cadeau, une énorme chance, du bonheur multiplié (Pour moi, le courage, il serait plutôt de réussir à s'arrêter à un ou deux enfants!)... et nous sommes reconnaissants à la vie de nous avoir permis d'avoir une famille nombreuse.

Et puis, on y prend gout...


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