mardi 31 octobre 2017

La fable des trois gendres






Une mère était destinée à avoir, dans son âge mur, deux gendres et une bru. 

Ses trois enfants arrivés depuis un bon moment à l’âge adulte, toujours nulle bru à l’horizon. La vie étant pleine de surprises, elle a finalement hérité, il y a quelque temps, d’un charmant gendre numéro trois.





Passé le petit choc de l’annonce, une petite montagne russe d’émotions -ces émotions fortes et ambivalentes que je sais si universelles que je peux me passer de décrire-, après moult discussions avec ses filles, notamment sa fille aînée, elle s’est résolue avec humour à l’idée que, tout compte fait, un gendre de plus lui épargnerait bien des soucis, notamment celui des relations belle-mère/bru (rapport à son caractère bien trempé). 
Le père, lui, n’en eut que faire: ce qui comptait c’était bien et avant tout le bonheur de son enfant, (prodigue, au demeurant, admiré et brillant depuis toujours, courtisé... « l’enfant idéal », c’était lui). Et puis dans son métier, il était habitué, de toutes façons, à voir un large panel de possibilités de vie pour un être humain. Et puis il y a tellement plus grave...

Tous les enfants furent heureux et continuèrent d’avancer dans la vie. Même si l'un d'entre eux n’eut pas "beaucoup d’enfants". Mais six petits-enfants, c’est déjà bien, non?, rit l'ainée, qui n'a pas procréé qu'à moitié, avec sa maman (et puis qui sait... on a vu plus haut que la vie nous surprend toujours).
Ravis et fiers d’avoir des parents capables de s’adapter, remettre en question avec souplesse et amour des idées qu’on aurait pourtant pu croire bien arrêtées (on ne peut préjuger de rien... toujours se méfier des apparences... positives, mais aussi négatives! On sait ce que valent les idées quand on les met devant la réalité), assumer le qu’en dira-t-on (les petites villes et la bourgeoisie de province...) accepter que chaque enfant est libre de tracer son chemin comme il le veut (ou comme la vie le lui propose), se réjouir que chacun d'entre eux ait connu la chance de trouver la personne capable de le rendre heureux.

La fille aînée avance, enrichie. Riche de cette éducation plutôt classique et traditionnelle, mais qui lui a prouvé qu’elle avait pour but une chose: avant la transmission de belles (raides?) idées; le bonheur de ses enfants. Le respect des siens avant celui des convenances. L'amour avant l'idéologie. L'humain avant les principes. Le pragmatisme avant la théorie hors-sol. La tolérance plutôt que le piloris.
Riche aussi d'un nouveau beau-frère, qui se paie même le luxe d'être un gendre idéal. 

Et elle est fière d’élever à son tour ses enfants, sans qu'ils aient besoin de mille explications pour comprendre, puisque tout est si naturel pour eux... leur offrir l’opportunité de grandir avec cette possibilité-là,  ce message-là,  cet exemple-là sous les yeux. Dans cette famille-là, que ce petit séisme n’a pas ébranlée, au contraire, qui en est sortie plus soudée. 

Elle est fière de son frère, le seul de la fratrie qui, en présentant sa moitié, a du traverser l'épreuve de se voir entièrement dévoilé. L'amour, oui, mais à justifier. Celui qui a bien du finir par se décider à faire un grand saut dans le vide, et qui n'a obtenu l'assurance, que seulement après avoir quitté le sol, qu'un solide filet l'attendrait pour le réceptionner.

Aujourd'hui, ce qui aurait pu tout bouleverser, détruire un équilibre qui tient, dans chaque foyer, à quelques subtilités près... n'est déjà plus, dans cette famille, un sujet.

Même en 2017, même en France, même si on a, sur le papier, les idées belles et larges, même si notre enfant est adulte depuis longtemps, tout n’est pas gagné. C'est clairement plus facile quand ça arrive chez les autres... 
Mais on n’en mène pas large, quand on est celle sur qui ça "tombe". Quand on est cette maman-là.



1 commentaire:

  1. Merci de ce texte. Il est précieux. L'humain avant les principes ... si seulement la bonne parole pouvait se répandre toujours un peu plus loin.

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