mercredi 29 novembre 2017

Famille (nombreuse): et le couple dans tout ça?




Désormais parents d'une famille nombreuse, on entend parfois la question "mais comment vous faites, pas trop dur pour votre couple?"

Je viens de voir une petite video de Clotilde Noël (vous savez, une mère de famille nombreuse, passionnante, dont j'ai fait le compte-rendu des livres qu'elle a écrits sur l'adoption d'enfants "différents" et leur accueil au sein de leur grande famille) et je l'ai trouvée intéressante.

C'est une petite video toute simple, dans une émission sans prétention du service public... mais finalement des choses très justes et profondes y sont dites.
Clotilde et son mari Nicolas parlent de ce qui les unit, ce qui fait que leur couple va bien, tient... et surtout, est heureux!





Il y a parfois une image "négative" de la famille nombreuse, vue, de l'extérieur, comme quelque chose de forcément contraignant et lourd à vivre pour le couple. Mais comme il l'est présenté ici, la famille nombreuse augmente aussi les joies. C'est bon de le rappeler.

Je souscris complètement aux valeurs du couple exprimées ici par Clotilde et Nicolas. Ce sont des valeurs qui peuvent paraitre basiques, toutes bêtes... qui ne pense pas ça? Et pourtant, au quotidien elles ne sont pas si faciles à appliquer.
On y parle de solidarité, de soutien, de temps à se réserver pour soi et pour deux, d'ambition pour sa famille, de supériorité du couple sur les enfants.

La journaliste précise que leur foi catholique est importante dans leur démarche... on ne peut pas le nier, mais mon point de vue serait d'élargir un peu le sens du mot "foi". Pour rester soudés et être à la tête d'une famille nombreuse, il en faut, de la foi, c'est certainement ce qu'il faut le plus. En plus de l'amour. Une foi qui peut ne pas être religieuse...

Je ne parle pas beaucoup de mon couple ici, par pudeur, respect pour Jean-Chou, et un brin d'humilité tout de même. Il n'est pas venu le temps où je publierai un guide pratique de blogueuse "les dix clés du succès du couple" (à la limite, Marie-Pétule pourrait s'y coller! Je sens qu'elle va être bien pratique, celle-là)... tant je préfère rester prudente sur la question... il n'empêche: nous appliquons ces principes au quotidien, et depuis le jour de notre rencontre, nous avons décidé de faire passer notre couple avant tout. Avant le travail, avant la famille, avant les amis, avant les ambitions personnelles si elles étaient opposées à celle du couple.

Maintenant que nous sommes parents, nous avons exactement le même fonctionnement. Nous étions un couple avant l'arrivée des enfants, nous le serons après leur départ. Nous veillons à ne pas oublier que nous le sommes donc aussi pendant cette période de la parentalité. Si le couple va bien, la famille ira à peu près bien, par conséquent.

Nous essayons de nous réserver des moments de plaisir, chaque jour (un bon diner tous les deux, une fois les enfants couchés, un bon verre de vin, de la bonne musique, du calme pour se parler...)
Je ne parle évidemment pas de partir au bout du monde en amoureux (quand on fait beaucoup d'enfants, on a quand-même un peu la lucidité de comprendre que quatre enfants sont plus difficiles à faire garder qu'un seul), mais de petits moments, dans la semaine, arrachés à la course du quotidien. Un baby-sitting de quelques heures, une séance de sport à deux, un resto à midi pendant que les enfants sont à l'école...

Ne pas laisser de conflits s'installer, désamorcer les disputes pour qu'elles restent au stade du désaccord.
Avoir une complicité d'amis. Etre en unisson intellectuelle. Vibrer séparément, et ensemble. Se désirer.
Se respecter, se laisser souffler, se chouchouter. Au lieu de se reprocher des choses, qui sont bizarrement souvent de la faute de l'autre (on croit souvent que l'autre a toujours la vie plus facile que soi, n'est-ce pas?), essayer d'accepter la remise en question, trouver plutôt des solutions par soi-même et les proposer (c'est vachement dur, OK).
Avoir du recul, du décalage, de l'humour. Rire, rire, rire... de l'absurde, du gag, de l'esprit, de la répétition, de la contrepèterie, du jeu de mot idiot. Tout prendre!

Vouloir se plaire. Se faire beaux. Bien s'habiller. S'entretenir physiquement, pour se sentir bien, valorisé, rester en forme aussi (ce qui est primordial avec tous ces petits). Pour ne pas quitter le cercle vertueux de l'énergie et de la séduction, qui facilitent et donnent envie de se réserver des petits moments à deux, d'avoir une vie sexuelle, même si moins intense en quantité qu'avant d'avoir des enfants, satisfaisante, et même un peu plus que ça, tiens, tant qu'à faire. Même si on a parfois l'impression de se caler des RDV dans l'agenda pour trouver du temps pour se câliner... contrainte qui peut devenir un jeu, d'ailleurs.

Il y a des ajustements à faire souvent, des erreurs, des occasions manquées, des incompréhensions à dépasser. Le couple n'est pas une science, c'est une alchimie unique, mystérieuse, qui est parfois désespérant, gonflant, et peut trouver chaque jour de "bonnes" raisons pour s'arrêter.

On entend parfois que le couple ne doit pas être "un travail", que "si on n'est plus bien ensemble il faut partir", que ça ne rime à rien de "rester pour les enfants". Bien sur que cette vision est triste!
Le couple est tout ça, certes, car il vaut toujours mieux être deux que seul pour tenir une grande famille (j'enfonce une porte ouverte, là)...  il faut déployer bien des efforts pour rester ensemble, mais ce n'est évidemment pas qu'un travail... il est surtout justifié par le plaisir et le bonheur d'être ensemble!

Et là, j'ai beaucoup aimé les propos de la psychologue, qui explique que ce qui fait que des parents de famille nombreuse soient bien ensemble, c'est que leur projet de grande famille devient un mythe fondateur de leur histoire, quelque chose qui les renforce, leur apporte satisfaction, fierté, admiration mutuelle... et donc les soude encore plus.
Les enfants remuent le confort du couple (ce qui n'est peut-être pas plus mal, non?), le mettent en mouvement. Ils le mettent au défi, le nourrissent, le transcendent.

C'est ce qui se passe pour nous, sans que cela ait été conceptualisé en amont. La famille nombreuse n'était pas un projet de départ, même si nous sentions que nous aurions les mêmes envies... mais enfant après enfant, un des fondements de notre couple, celui de la création d'une famille, s'est clairement solidifié, et s'est révélé passionnant et indispensable à notre équilibre. Franchement, nous sommes chacun le premier admirateur de l'autre. Et c'est un sacré carburant.

J'aime bien aussi l'idée, exprimée par Clotilde et Nicolas, de faire de l'idée de la séparation un "tabou".
Chacun sait au fond de lui, parce que nous sommes des grandes personnes maintenant, que rien n'est simple, que l'autre a aussi ses questions existentielles, ses doutes parfois, son jardin secret...on sait aussi que l'aléa est toujours là, l'extérieur non-maitrisable. Mais créer une sorte de barricade symbolique autour du couple permet de le placer au dessus de ces atermoiements bêtement humains. "Nous" au dessus.

Je sais que rien n'est facile, et que nous ne sommes pas meilleurs que les autres. Qu'il y a des phases de la vie où le couple faiblit, d'autres où il faut être patients, d'autres encore où, après avoir laissé la roue tourner, tout refleurit. Je crois en avoir conscience chaque jour, et croyez-moi je suis aussi très lucide sur mes nombreuses "pistes d'amélioration" (c'est comme ça qu'on dit quand on veut rester positif, haha). Et puis, nous ne vivons pas chez les Amish... des couples qui explosent, notamment des jeunes couples avec enfants en bas-âge, on en voit tellement autour de nous.

Je sais bien qu'avoir cette ambition, cette projection, cette vision de long terme ne nous protège de rien, ni de l'erreur, ni de l'échec. Mais comme on préfère vivre à fond plutôt qu'à moitié, autant faire le pari d'y croire! Alors nous essayons. Et nous tentons de ne pas laisser les choses et habitudes négatives s'infiltrer entre nous.

Ca peut foirer... en attendant on aura vécu le présent.
Je sais aussi que ça peut fonctionner... sans fantasmer outre mesure la vie des autres, j'ai aussi des exemples autour de moi, dans mon entourage, de couples fertiles, créatifs, heureux, qui durent, qui ont duré. Des gens vieux mais heureux, qui n'ont pas été touchés par l'amertume, la désillusion ou le cynisme. Qui ont vieilli ensemble pour le meilleur. Et, ça c'est mon affreux coté bourgeoise-tradi-réac, je crois que c'est quand-même le mieux pour les enfants.
Je m'en sers d'inspiration au quotidien.

Merci Clotilde et Nicolas, on peut dire que vous faites partie de ceux-là! (la video est ici)

Allez hop! On se remet au boulot...


       PS: ce billet a été rédigé en croisant les doigts


A lire aussi sur mon blog: Famille Nombreuse. Notre couple, notre vision, notre conception.
sur le blog de Gaëlle: "Education, quand les deux parents ne sont ps d'accord"



1 commentaire:

  1. Merci pour ce beau texte... qui le donne les larmes aux yeux. Nous avons 4 enfants de 6 à un an et avec ce tourbillon de la vie, c'est une chance mais aussi un défi! Nous sommes unis. Et essayons de tout faire pour nous garder des petits moments précieux à 2.
    Je suis issue d'une famille recomposée avec un divorce alors que je n'avais que 7 ans qui m'a beaucoup détruit. Je ne veux pas revivre ni faire vivre ça a mes enfants...
    Je vais de ce pas regarder la vidéo...
    Belle soirée!

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