vendredi 10 novembre 2017

La mamma. Ou comment parvenir à s'épanouir dans la maternité.




Mon pédiatre, que j’adore, est pied-noir. 
Père de famille nombreuse. Il m’a dit que si mon 4ème bébé était si cool (enfin, pour l'instant), c’était parce qu'il avait la chance d’être entouré. « Enveloppé ». Par le bruit, les câlins, l’amour. 
Et que, grâce à cette sérénité, c’est plus facile, pour une mère, de vraiment profiter, qu’avec un premier enfant (souvenirs...). 




Il m’a dit qu’il voyait beaucoup de jeunes primipares « occidentales » complètement perdues, paniquées, angoissées, esclaves de leur bébé avec lequel elles se retrouvent dans un tête-à-tête aliénant. Passant trop de temps à chercher de l’aide sur internet, et pas assez à « ressentir »... et qui finissent très vite par craquer/tourner en rond à la maison/avoir hâte de reprendre le travail, en oubliant au passage de PRO-FI-TER. Parce que, globalement, elles sont mal entourées. 
Au contraire, lui qui voit beaucoup de mères maghrébines dans son cabinet, me dit que celles-ci ne se rendent jamais dans les consultations pour les troubles du sommeil, par exemple. Parce que souvent, ces mères-là sont entourées. Moins anxieuses, moins cérébrales, elles n'ont pas d'idéologies éducatives strictes, mais font plus confiance à leur instinct. Elles ont plus d’exemples sous les yeux et sont plus libres, car plus épaulées. Et puis, un bébé, un enfant, ça pleure, ça ne dort pas, c'est normal, il faut juste l'accepter. Pourquoi lutter?
Alors que, bizarrement, certaines femmes occidentales tombent souvent des nues en devenant mamans. Elle découvrent un nouveau monde, se voient parachutées dans un rôle qui ne leur parait pas si naturel que ça... car souvent n'ont reçu aucune transmission de la part de leur mère.

Ma sage-femme est libanaise. Elle me tient le même discours. Elle est effarée de voir la solitude dans laquelle les jeunes mamans, ici, se trouvent. 

Elle m’a d’ailleurs expliqué que la rééducation du périnée à été créée pour les femmes occidentales; celles qui, trois jours à peine après l’accouchement, se retrouvent seules à la maison, sans beaucoup d’aide, et doivent tout refaire comme avant (avec des dégâts sur leur périnée que ne subissent pas celles qui sont chouchoutées après l’accouchement).
Il faut faire les courses, s'occuper des autres enfants. Parfois le mari est absent. Les parents sont loin, la belle-mère est parfois à côté, mais ce n'est peut-être pas avec elle que la jeune maman veut échanger. Et puis il faut reprendre le travail... tout doit être rapide, efficace, rationalisé. 

J’aime beaucoup cette façon méditerranéenne de voir les choses. Même si je ne suis pas très tribu, que je corresponds plutôt au modèle "urbaine-indépendante-j'élève mes enfants comme je le veux-pas besoin de trop de monde sur mon dos" (trois jours après la naissance, je suis au supermarché/à la plage/au cirque et j'en passe... je le vis plutôt bien, et plus facilement maintenant -l'entrainement?- mais j'avoue ne pas avoir eu trop le choix, et avoir eu des coups de mou réguliers, surtout au tout début de l'aventure de la maternité) et que je vois quelques défauts certains au modèle familial de la mère-juive/mamma, je me sens tout de même bien mieux, protégée, chouchoutée, quand je suis moi aussi « enveloppée » par la chaleur méditerranéenne. Quand j'étais à Paris, loin de mes parents, je me souviens que j'adorais être reçue à diner chez les parents d'un ami libanais, qui faisaient tout en grand, nous nourrissaient pour la semaine. J'avais l'impression d'être comme à la maison (ma mère est marseillaise et très bonne cuisinière, hu hu, je vous laisse imaginer les quantités quand elle cuisine).

Je vois pas mal d’exemples ici, dans ma région. Ce fonctionnement plus traditionnel existe encore pour partie (dans les familles italiennes notamment), et je ne peux que constater son efficacité sur la santé mentale des jeunes mères. Elles sont plus libres, aussi, ont plus de temps pour elles, pour sortir, se faire du bien. Ce qui profite au bébé par ricochet.

Et moi, enfant après enfant, je me suis peu a peu rapprochée de cette conception-là aussi. Je fuis les livres, les théories éducatives. Je me pose moins de questions, je lutte moins, j'ai plus de souplesse et surtout, je profite beaucoup plus de la maternité. 
Alors que je pouvais, au tout début, le trouver parfois fastidieux, frustrant, fatiguant, aujourd'hui j'aime de plus en plus être dans ce bain de la vie de famille. Il faut dire que la famille nombreuse, pour certaines dont je fais partie, et contrairement à ce qu'on peut croire, est plutôt une libération, un soulagement, quelque chose de plus intéressant et de plus facile à vivre qu'avoir un premier enfant.

Evidemment, tout cela ne s'apprend que par soi-même, étape après étape. L'expérience des autres ne nous sert jamais!

J'ai moins de complexes, aussi. Je sais ce qui me plait, ce qui me convient. J'assume d'être une mère (et être mère, c'est avoir un quota "mamma"!) et j'essaie de le vivre le plus à fond possible. Dans mon esprit mais aussi beaucoup dans mon corps, mes mains, mes sensations. Le toucher, l'odorat, la voix. Car c'est ici et maintenant qu'il faut en profiter. Pour ne pas regretter, dans trente ans, d'être passée à côté
Alors que la maternité est ultra-encouragée, s'y épanouir vraiment, est aujourd'hui, paradoxalement  assez compliqué dans notre société. 


En tant que mère, si j'avais un tout petit conseil à donner, ce serait celui-ci; 
Fuir à tout prix les réseaux sociaux ou doctissimo, lâcher un peu les objectifs, les comparaisons, les tableaux excel et les exigences de rentabilité... et privilégier les sens, l'écoute de ses enfants et de soi-même. 
Savoir patienter, ne pas vouloir tout expliquer. 
Et puis aussi se faire plaisir, avoir sa vie à soi. Car un enfant n'a pas besoin d'une mère sacrificielle, mais d'une mère qui va bien, qui donne l'exemple.  Et pour ça, essayer de se faire aider, de recréer le petit village, le cadre de référents qui saura nous rassurer, nous épauler, nous seconder. 

C'est à la fois enfoncer des portes ouvertes d'énoncer ces petits mantras plutôt banals, mais c'est aussi la quadrature du cercle, dans notre société qui prétend avoir "libéré" les femmes (qui en fait doivent tout gérer toutes seules, maintenant).

Ce système un rien "traditionnel", celui qui nous rappelle qu'il faut laisser du temps au temps, et vivre chacune des étapes de la maternité, les plus belles comme les plus éprouvantes (pour le corps, et parfois pour l'âme), avec respect, indulgence, philosophie, patience et pleine conscience, me parait avoir beaucoup de mérites.

A méditer...


à lire aussi, un de mes anciens billets, écrit après avoir discuté avec une amie jeune maman:  "La maternité version réaliste".
et un plus ancien encore, sur les visites à la maternité: "Doit-on respecter la jeune accouchée?"


5 commentaires:

  1. Je suis tellement fan de "Doit-on respecter la jeune accouchée ?" à 7 mois et quelques de grossesse, j'angoisse de revivre ces visites intrusives alors que je n'ai qu'une envie c'est de fusionner avec bb sans qu'on me le prenne des bras, qu'on me fiche la paix.. Si j'osais je l'enverrai à tout le monde !!

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  2. Ton article est magnifique et profond. Je fus très seule pour mon premier. Un peu moins pour le deuxième car , par un heureux hasard une amie (aussi voisine) a eu son deuxième aussi et ainsi nous avons partagé ce moment toutes les deux en buvant du thé et en faisant la sieste avec nos bébés sur le canapé...Nous entrainant mutuellement à ne faire que le strict nécessaire. Et maintenant , 12 et 7 ans, je fais des gâteaux, j'ai un temps partiel, je caline et tente d'avoir une approche moins capitaliste - revendicatrice - féministe. C'est une lutte de chaque instant que de ne pas vouloir toujours plus, de ne pas exiger plus ... La pression diminue, le bonheur revient, doux et permettant la liberté , l'épanouissement des enfants, et tout cela fait naître un truc incroyable : la créativité !
    Cette réflexion , je la poursuis aussi dans ma classe avec mes élèves , autant vous dire que c'est un challenge de résister à la surcharge des programmes de l'Education Nationale : DONNER le temps de bien faire, permettre la compréhension profonde.

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    1. Je te rejoins complètement. J’ai la même demarche, et depuis que je me suis enlevé ce poids sur les épaules, depuis que j’assume d’entre mère et de consacrer beaucoup de temps à mes enfants, les choses sont plus fluides, plus cool, plus belles. Je profite À FOND au lieu de me poser mille questions.

      Et en tant que jeune femme, compte tenu de l’epoque dans laquelle on vit qui prétend nous avoir libérées en nous enjoignant de réussir partout (ce qui est impossible et rend beaucoup de femmes malheureuses), c’est une petite révolution à opérer...

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  3. comme je te rejoins, je l'ai toujours pensé et appliqué, femme au foyer (je préfère maman à temps plein) pendant très longtemps, je suis à présent assistante maternelle (par envie, vraiment, pas pour l'argent) et je répète ces mantras aux jeunes parents car j'y inclus le papa.
    Les cadeaux de naissance ? j'offre une boîte à bons (sortie, restau, ciné, garde d'enfants, nuit sans enfants....) après libre aux parents de les utiliser.
    Apprendre à être égoïste pour mieux s'occuper des autres, je l'ai conceptualisé avec mon cadet, je sortais, je vivais en dehors de la maison et qu'est ce que cela fait du bien à tout le monde !!! mais je suis louve, protectrice, les mamans sont un paradoxe à deux jambes :)

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